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Critique : John Wick 4, de Chad Stahelski

Le nouveau testament


© Belga Films

Fortes Fortuna Adiuvat. La fortune sourit aux audacieux. Tatouée en gros en haut du dos de John Wick, cette citation latine décrit à merveille le choix singulier fait par Chad Stahelski, encore et toujours réalisateur de la saga. Plus fort, plus beau, mais surtout plus profond que les trois premiers films, John Wick 4 achève la transformation de son anti-héros taiseux en vengeur christique.


Oubliées les querelles autour du meurtre d’un chiot et du vol d’une Mustang. Le quatrième chapitre de la saga nous propose un affrontement bien moins prosaïque : une lutte à mort contre les High Tables, entités mafioso-religieuses qui contrôlent dans l’ombre les réseaux de criminalité mondiaux, et leurs représentants, dont le Marquis de Gramont, interprété avec brio par Bill Skarsgård. Après avoir été laissé pour mort à la fin de John Wick Parabellum, Baba Yaga, comme est surnommé notre assassin de légende, est désormais l’ennemi le plus recherché par les High Tables. Secondé par le Roi du Bowery, interprété par Laurence “Morpheus” Fishburne, qui voit en John Wick une sorte d'Élu prêt à changer le cours des choses – Matrix en somme –, le boogeyman en quête de rédemption et de liberté entame sa traque des figures sacrées de l’organisation.


On ne change pas une équipe qui gagne : John Wick 4 repose sur des stratagèmes qui ont fait leurs preuves auprès du grand public. Le film est ainsi construit comme un grand huit, divertissant et très rythmé, dont les loopings sont des prolifiques scènes d’action meurtrières. L’occasion pour le réalisateur de pousser à l’extrême l’idée des body counts (décompte des morts), marque de fabrique des slashers. Ces scènes sont parfaitement orchestrées, Chad Stahelski étant avant tout cascadeur et chorégraphe, et magnifiquement filmées par le chef opérateur danois Dan Laustsen qui démontre qu'en évitant les enchaînements surchargés de plans stroboscopiques, on peut donner à voir des combats fluides et lisibles. Les affrontements parisiens du héros sont accompagnés par les compositions incisives du DJ français Gesaffelstein, dans la droite lignée du reste des scènes d'action qui se fait sur fond de musique puissante, entre rock dur et techno. Le film est aussi chargé d’un humour pince-sans-rire qui permet, au travers de quelques traits d’esprit bien sentis, de désamorcer la violence crue héritée de Old Boy que le film nous fait traverser. John Wick 4 n’est-il pour autant qu’une grosse blague sanglante bien potache ?


© Belga Films

La puissance évocatrice du quatrième segment des aventures de John Wick, qui questionne en profondeur l’idée de foi et de liberté, met à mal cette assertion. Ici, tout suinte le religieux. Du fonctionnement même des High Tables comme institution rassemblant les trois aspects du sacré. Des rites, au travers de la tradition des duels. Des mythes, avec la redondante légende de John Wick et de ses meurtres au stylo. Et des interdits, avec l’impossibilité pour quiconque de tuer entre les murs d’un hôtel Continental. Ces fameuses “règles sans lesquelles on vivrait avec les animaux” comme ne cesse de le dire le personnage de Ian McShane. Tout autant que dans son vocabulaire, largement développé dans John Wick 3, des termes comme “excommunicado” ou “la désacralisation d’un hôtel” faisant éminemment référence à l’église. Si ces idées ne sont pas neuves dans la saga John Wick, c’est la transformation de ce dernier en figure christique qui boucle la boucle. De ses blessures, stigmates à la main ou à la hanche, à sa résurrection au début du film. Son personnage n’est bientôt plus un protagoniste, mais une idée, un concept. Celui de liberté, d’amour et de fraternité face à un univers de violence absurde, quasiment kafkaïen.


Pour incarner cette figure de sauveur, Keanu Reeves fait des merveilles. Une fois de plus, à la manière de Neo, il joue un personnage désincarné, sans expression ou presque, mais non pas dénué d’émotions. On s’attache à ce mystérieux tueur sauveur, au point de ressentir une petite pointe au moment de le voir partir. Pour mieux revenir dans un prochain opus ?



RÉALISÉ PAR: CHAD STAHELSKI

AVEC: KEANU REEVES, DONNIE YEN, BILL SKARSGÅRD

PAYS: ÉTATS-UNIS

DURÉE: 169 MINUTES

SORTIE: LE 22 MARS







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