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Critique : Mon Crime, de François Ozon

Cas de farce majeure


© September Film

Peu de cinéastes sont aussi éclectiques et imprévisibles que François Ozon. Après avoir réalisé Peter Van Kant, un exercice de style exigeant qui s’amusait à réadapter l'œuvre de Fassbinder en inversant le genre des protagonistes, le cinéaste pivote à 180 degrés et revient avec une comédie populaire dans la veine de Huit Femmes, le tout soutenu par un budget solide et un impressionnant casting. André Dussollier, Dany Boon, Isabelle Huppert et Fabrice Luchini entourent ainsi les deux actrices principales - Nadia Tereszkiewicz et Rebecca Marder - dans un tour de manège aussi grotesque que jubilatoire.


Le long-métrage nous plonge dans le Paris des années 30 - soit l’époque à laquelle la pièce a été écrite - et s’intéresse au quotidien de Madeleine, actrice à la recherche du rôle qui fera décoller sa carrière, et sa colocataire Pauline, avocate sans clients. Tout change lorsque Madeleine devient la coupable idéale du meurtre d’un grand producteur…L’occasion pour les deux femmes de briller surprenamment sous le feu des projecteurs.


Un point de départ rocambolesque, qui trahit les origines de théâtre de boulevard du projet. François Ozon en est tout à fait conscient et préfère assumer cette tonalité artificielle et déclamatoire à cent pour cent. Ainsi, Mon Crime se savoure comme un plaisir résolument kitsch, où les comédiens plongent à pieds joints dans le surjeu pour réciter des répliques mordantes, le tout dans des décors qui revendiquent leur fausseté. Le long-métrage est constamment sur le fil, à deux doigts du trop-plein qui ferait définitivement sortir le spectateur de l’intrigue, mais le cinéaste et ses comédiens parviennent miraculeusement à ne jamais franchir cette ligne. Dans ses meilleurs moments, Mon Crime se mue en cirque grandiose, naviguant entre performances guignolesques, saillies d’humour noir féroces et une mise en scène inventive qui s’amuse à multiplier les références au cinéma et au spectacle vivant.


Au milieu de cette pantalonnade, un duo de femmes donc : Madeleine et Pauline. Mon Crime, au-delà de son humour, se place comme une œuvre indubitablement féministe, même si son discours n’est pas dénué de maladresses. D’un côté, le long-métrage montre effectivement une sororité forte et active, capable de retourner à leur avantage un système judiciaire misogyne qui avait de toute manière décidé de les condamner. De l’autre, il n’est pas interdit de ressentir un certain malaise face à un récit très déconnecté de la réalité, où les femmes sont célébrées pour le meurtre et où les abus sexuels servent presque de tremplin. Mon Crime est une farce, mais cela n’excuse pas une certaine immaturité dans son propos, quand bien même on aurait tort de se priver de ce festival de pitreries fort réjouissant.



RÉALISÉ PAR : FRANÇOIS OZON

AVEC : NADIA TERESZKIEWICZ, REBECCA MARDER, ISABELLE HUPPERT, FABRICE LUCHINI

PAYS : FRANCE

DURÉE : 102 MINUTES

SORTIE : LE 15 MARS


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