top of page

Dossier : Nos comédies romantiques préférées


Juste à temps pour la Saint-Valentin, les membres de la rédaction de Surimpressions se sont penchés sur leurs comédies romantiques préférées. Une sélection en 6 films, des années 30 à aujourd’hui. 


© Paramount Pictures

Julien Del Percio : Sérénade à trois d’Ernest Lubitsch (1933)


George est peintre, Thomas écrivain, ils sont amis depuis des années, et ne s’attendaient sûrement pas à s’amouracher en même temps de Gilda, femme à l’énergie inépuisable, débordante de nonchalance et cultivant l’instabilité. Un triangle amoureux comme tant d’autres pensez-vous ? Sauf que Gilda, en héroïne indépendante d’une des comédies les plus audacieuses de son temps, refuse de choisir et se plaît aux bras des deux messieurs, quitte à se priver de sexe - mais pas pour trop longtemps ! Sérénade à trois - est un véritable condensé de génie, une comédie romantique conçue comme une chorégraphie permanente d’allers-retours, de réactions savoureuses et d’échanges de partenaires. Le film est peut-être la plus belle illustration de la Lubitsch’s touch, cette manière de privilégier systématiquement le raffinement et l’élégance plutôt qu’un déballage frontal des sentiments humains. Et tout ça, pour nous chanter les louanges du ménage à trois, n’est-ce pas fantastique ?


*


© Element Pictures

Elli Mastorou :The Lobster de Yorgos Lanthimos (2015)


Dans une société dystopique où le couple constitue l’unité de base de la société, David (Colin Farrell), dont la femme vient de le quitter, est emmené dans un hôtel spécialisé. La direction lui annonce qu’il dispose de 45 jours afin de trouver une nouvelle partenaire parmi les résidentes, faute de quoi il sera transformé en un animal de son choix. David opte pour le homard, « car ils vivent 100 ans et restent fertiles toute leur vie ». À partir de ce pitch étonnant, Yorgos Lanthimos déploie une réflexion caustique sur le couple hétérosexuel et jusqu’où peut mener notre peur de la solitude. Et même si on ne dirait pas comme ça avec sa mise en scène rigide et son ton froid, The Lobster est bel et bien une comédie. Une comédie romantique même, à l’humour très sombre, l’hilarité naissant de l’absurdité et de la cruauté des situations - comme quand John (Ben Whishaw), un résident de l’hôtel, se blesse exprès afin de se créer un lien romantique avec cette femme qui saigne régulièrement du nez. Une (anti) romcom surprenante, avec une fin ouverte qu’on interprétera selon notre envie de croire en l’amour… ou pas.  


*


© Jersey Films

Quentin Moyon : Garden State de Zach Braff (2004)


Œuvre romantique, dramatique, décalée… Impossible de trouver deux avis convergents pour caractériser le premier long-métrage de Zach Braff. Plus connu en interne barré et immature dans la série Scrubs, l’acteur-réalisateur nous offre avec Garden State, un film qui dénote, affûte les contradictions. Et c’est sans doute dans cette incompréhension face au film, qui caractérise également ses personnages, perdus dans la vie, que l'œuvre puise sa force, et rencontre son public. Andrew Largeman (Zach Braff), jeune acteur de seconde zone dans la cité des anges, retourne dans le New Jersey, cet “État Jardin” qui lui sert de terre natale. À première vue, une zone de non droit intellectuelle, de dépression, où drogues et thérapies par le cri semblent les uniques portes de sortie ; ce retour aux sources s’avèrera pourtant bénéfique. Loin des faux-semblants. Des wannabe stars. Et c’est bientôt dans les yeux de Sam (une Natalie Portman détonante et étonnante), qui n’avait jusqu’alors d’yeux que pour son “Labyrinthe du Hamster” et son propre mal-être, que les étoiles vont apparaître. Une histoire d’amour alambiquée, adulescente, et quasi onirique, portée par les douces ballades de The Shins. Grisant. 


*


© Universal Pictures

Kevin Giraud : Coup de foudre à Notting Hill de Roger Michell (1999)


Qu’est-ce qui fait une bonne comédie romantique ? On pourrait répondre son casting, bien sûr, mais lorsqu’on revoit Love Actually aujourd’hui, force est de constater qu’il ne suffit pas d’aligner les stars pour faire un film qui traverse le temps. Alors peut-être ses décors, à vous faire rêver d’Hollywood ou de chalets enneigés, comme dans The Holiday ? Le quartier londonien de Notting Hill au tournant du siècle n’a pourtant rien de “sexy”, au contraire. Non, ce qui fait toute la finesse de Coup de foudre à Notting Hill se trouve bien caché entre les lignes de dialogue qui font mouche et les sourires ravageurs de Hugh Grant et Julia Roberts. Écrit par Richard Curtis, à qui l’on devait déjà Quatre mariages et un enterrement, Notting Hill construit l’amour par des rencontres fortuites, des situations grotesques et des moments de complicité qui ajoutent du sel à l’existence monotone de ses personnages. Au-delà de son humour, parfaitement démonstration de la comédie britannique, Notting Hill nous rappelle que l’amour n’est pas un long fleuve tranquille, et c’est ce qui fait tout le charme de ce voyage. 


*


© Fox Searchlight Pictures

Camille Wernaers : Elle s’appelle Ruby de Jonathan Dayton et Valerie Faris (2012)


Imaginez que votre compagne ou compagnon idéal·e apparaisse devant vos yeux ébahis. C’est ce qui arrive à Calvin (Paul Dano), célèbre écrivain et célibataire endurci, lorsqu’il couche sur papier sa rencontre avec la parfaite Ruby (Zoé Kazan), afin de conjurer l’angoisse de la page blanche et sa solitude. Jusqu’à ce que Ruby se matérialise réellement dans son appartement. L’écrivain comprend alors qu’il peut modifier sa création à sa guise : en ajoutant quelques phrases à son récit, la voilà qui parle français ou change d’humeur. Les choses se compliquent quand Ruby lui annonce qu’elle aimerait un peu d’espace pour vivre sa vie. Couronné·es de succès avec Little Miss Sunshine (2006), le duo Jonathan Dayton et Valerie Faris s’intéressent dans Elle s’appelle Ruby au contrôle dans les couples, mais aussi à l’autre comme miroir dans lequel on se projette. D’un point de vue méta, le film égratigne efficacement la manière dont les écrivains et scénaristes masculins (d)écrivent les femmes, la figure de la Manic Pixie Dream Girl[1] en prend d’ailleurs un sérieux coup. 


*


© Columbia Pictures

Adrien Corbeel : Vacances de Georges Cukor (1938)


Ode à la marginalité, aux plaisirs de la vie et à la liberté, Vacances incarne un certain idéal de la comédie romantique hollywoodienne des années 30. Euphorisant comme un verre de champagne, le film de George Cukor est d’une merveilleuse sophistication, dans sa mise en scène dynamique comme dans la construction de ses gags burlesques. Comment ne pas fondre devant les acrobaties de Cary Grant, électron libre fuyant les promesses de Wall Street ? Comment résister face aux répliques sagaces de Katharine Hepburn, vilain petit canard d’une famille de la haute société ? Il y a dans la manière qu’ont leurs personnages de se mouvoir dans les lieux mondains, et de s’en échapper, quelque chose de profondément séduisant. Plus que leur désir d’être ensemble, c’est leur besoin de s’épanouir qui meut le film. Magique.



[1] Inventée par le critique américain Nathan Rabin, l’expression désigne ces personnages féminins idéalisés et fantaisistes dont la fonction au sein du récit est surtout de faire évoluer le personnage masculin principal.

コメント


bottom of page