top of page

Dossier : Rattrapage 2023 en 6 coups de cœur

© Paradiso

L’année terminée, l’équipe de Surimpressions s’est posé une question : quels films nous ont échappé ? Quels coups de cœur cinématographiques sont passés entre les mailles de nos filets ? Sans plus attendre, voici 6 films que nous aurions aimé aborder au moment de leur sortie. 


Simon Lionnet : Armageddon Time de James Gray


Parti en exploration dans la jungle amazonienne avec Lost City of Z et carrément sur la Lune avec Ad Astra, James Gray retourne dans son New York natal et plus précisément dans le Queens pour livrer à son tour un récit autobiographique dans les années 80. Au contraire de Steven Spielberg (The Fabelmans) et de Paul Thomas Anderson (Licorice Pizza) qui observaient récemment leurs jeunes années avec une certaine bienveillance - bien que conscients des problèmes de leurs époques respectives -  lui n’est pas nostalgique pour un sou. Parents conditionnés par le rêve américain, relation conflictuelle au père (James Gray oblige), rêves interdits, amitiés perdues, disparité raciale et antisémitisme flottant en pleine ère reaganienne : Armageddon Time revisite avec mélancolie l’enfance du réalisateur, entre prise de conscience des injustices qu’il découvre et apprentissage face à sa propre lâcheté. Un grand film déguisé en petit, à la fois sincère, intime, fragile et brillamment interprété.


À rattraper en DVD, Blu-ray et sur Netflix.


© RT Features

*


Thibault Scohier : Nimona de Nick Bruno et Troy Quane


Passé relativement inaperçu, le film d’animation Nimona est pourtant une des pépites sorties sur Netflix cette année. Dans un royaume techno-fantaisiste, l’aspirant chevalier Ballister est accusé d’avoir assassiné la reine ; il rencontre Nimona, une changeforme aux origines étonnantes. Énième fable sur la tolérance ? Peut-être, mais réalisée avec une candeur et un premier degré réjouissant. Croisant les problématiques sociales, de genre et le poids des traditions, le long-métrage ose être aussi divers que son époque et que son public. C’est surtout son animation, pétillante et explosive, qui fait son charme ; l’ombrage de celluloïd (cell shading) fonctionne particulièrement bien avec son approche du merveilleux. Film sacrifié par Disney après le rachat de la Fox, il aurait mérité une sortie en salle. À voir, sur le plus grand écran possible ! 


À rattraper sur Netflix.


© Netflix

*


Camille Wernaers : L’Amour et les forêts de Valérie Donzelli


Réussir à rendre palpable des violences aussi insidieuses et méconnues que l’emprise et les agressions psychologiques, qui font partie des violences conjugales. Voilà le pari qu’a relevé haut la main la réalisatrice française Valérie Donzelli en adaptant au cinéma le roman éponyme d’Eric Reinhardt, avec la collaboration de la scénariste Audrey Diwan (L’Événement). Le long-métrage nous plonge dans le quotidien de Blanche (Virginie Efira), alors qu’elle rencontre Grégoire (Melvil Poupaud). Dans leur couple, tout va vite, trop vite. Sans s’en rendre compte, elle se retrouve sous la coupe d’un homme violent et possessif qui contrôle tous ses faits et gestes. A la façon d’un thriller angoissant, le film dissèque les violences psychologiques et retranscrit au plus près les émotions de cette femme à l’aide de dialogues nerveux et de flashbacks. Virginie Efira interprète par ailleurs aussi la sœur jumelle, très inquiète, de Blanche. Le début d’une prise de conscience viendra-t-elle de la forêt ? 


À rattraper en DVD, Blu-ray et VOD.


© Paradiso

*


Raissa Alingabo-Yowali M'bilo : The Belgian Wave de Jérôme Vandewattyne


S’il parle d’ovnis, nul doute que le long-métrage de Jérôme Vandewattyne en est un aussi. The Belgian Wave a pour point de départ un fait réel : la vague de soucoupes volantes observées en Belgique dans les années nonante. Le film retrace l’enquête d’un artiste bruxellois, Elzo Durt (Karim Barras) dont le parrain, le journaliste Marc Varenberg (Dominique Rongvaux), aurait mystérieusement disparu comme sa cadreuse Jeanne Crahay (Manuela Servais), alors qu’ils couvraient les événements. Trente ans plus tard, Elzo rencontre Karen (Karen De Paduwa) et le duo entame un roadtrip fantastique en quête de vérité. Située à la croisée de plusieurs univers : des écrits d’Aldous Huxley à l’acid House en passant par le monde punk aux couleurs vives d’Elzo Durt, l'œuvre nous plonge dans un monde psychédélique et sensoriel où les couleurs explosent comme des bulles de chewing-gum. À l’instar de L’Employée du mois de Véronique Jadin ou encore Fils de Plouc des frères Guit, The Belgian Wave signe l’identité d’un certain cinéma belge qui, à défaut de budget, se montre audacieux et déjanté. Ce film de genre ne touchera probablement pas tous les publics mais assume pleinement sa singularité.


À voir encore dans quelques salles.


© Take Five

*


Julien Del Percio : Le Ciel Rouge de Christian Petzold


Parmi les nombreuses sorties cinémas de l’année, il y a forcément des films qui passent entre les mailles du filet, que ce soit auprès du public ou de la presse. C’est le cas du Ciel Rouge, chronique estivale sur le séjour en bord de mer de Léon, un jeune écrivain prétentieux qui voulait profiter de ce break pour peaufiner son roman mais dont le labeur est troublé par la présence impromptue de Nadja, interprétée par Paula Beer. Sous la caméra pudique et délicate de Christian Petzold, Le Ciel Rouge dessine le portrait complexe de son protagoniste, et révèle progressivement son égoïsme et sa médiocrité au fil des discussions et des rencontres.  Un récit que l’on pourrait juger anecdotique s’il n’était pas hanté par une profonde angoisse écologique : le ciel rouge du titre fait référence aux incendies qui ravagent la région et qui rampent inexorablement vers cette jeunesse, jusqu’à un éprouvant retour au réel qui confronte nos personnages et les emmène vers une apothéose inattendue.


À rattraper en DVD et VOD.


© Schramm Film

*


Quentin Moyon : Yannick de Quentin Dupieux 


Au cours du XXe siècle, Yannick a été le 105e prénom le plus donné en France. Un prénom plutôt lambda qui pose le décor : celui de la banalité du quotidien.Tant pour les acteurs (Pio Marmaï, Blanche Gardin, Sébastien Chassagne) de cette pièce de boulevard dont le titre, Le Cocu, annonce déjà le programme. Tout autant que pour les spectateurs, venus en salle oublier des journées qui se ressemblent. Dans ce nouveau film de Quentin Dupieux, le coup de théâtre nous vient d’un certain Yannick (Raphaël Quénard), spectateur hébété, qui se lève bientôt de son siège et brise le quatrième mur pour signifier la nullité de la production. “Je n’en reviens pas !” ahane un Pio Marmaï. Une ritournelle qui fait écho à l’intervention de Yannick qui se sent trompé par la soupe qu’on lui sert, et dont il réclame sur-le-champ, une arme à la main, la réécriture. Fendante, cette comédie noire en huis clos nous plonge aussi dans les coulisses d’un drame humain. Dans la vie d’un individu épuisé qui ne veut plus “fermer sa gueule”. Un film, sans artifices, drôle et touchant.  


À rattraper en DVD et Blu-ray.


© Case départ

Comments


bottom of page