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DOSSIER: Trois pépites méconnues à découvrir sur LaCinetek


L’équipe de Surimpressions a souhaité mettre en avant trois films disponibles cet automne sur LaCinetek. Le projet de cette plateforme de SVOD est simple mais ô combien enthousiasmant : élaborer des programmations cinématographiques variées et temporaires, en piochant dans la liste des films préférés de cinéastes renommés. En ce moment, LaCinetek met ainsi en avant des films sélectionnés par Xavier Dolan, Joanna Hogg et Martin Scorsese, en plus de proposer une rétrospective consacrée à l’actrice et réalisatrice française Delphine Seyrig, ainsi qu’un hommage à Agnès Varda. L’occasion d’exhumer quelques pépites méconnues du septième art.


Meurtre sous contrat (1958) – Irving Lerner

(Carte blanche à Martin Scorsese)

Claude (Vince Edwards), un jeune homme dans la force de l’âge, rêve de s’acheter une maison et décide de quitter son emploi de mécano mal rémunéré pour devenir tueur à gages. Enchaînant rapidement les succès dans son nouveau domaine d’activité, il sera amené à accepter un gros contrat qui s’avérera plus compliqué que prévu…


© Orbit Productions

Meurtre sous contrat est passé relativement inaperçu à sa sortie en 1958. Ce petit film noir d’à peine 80 minutes, évoluant sur un mode mineur et a priori oubliable, a bénéficié d’un regain d’intérêt lorsque Martin Scorsese déclara qu’il s’agissait de l’un des films qui l’avaient le plus influencé. À bien y regarder, le film concentre en effet plusieurs thématiques éminemment scorsesiennes. Claude, personnage principal arriviste à la morale douteuse, nous rappelle par exemple les figures d’aspirants-affranchis sans scrupule que Scorsese s’est souvent plu à mettre en scène. Autre similitude avec le cinéma de Scorsese, la façon dont Irving Lerner va utiliser son personnage pour produire un discours critique et révéler l’hypocrisie des États-Unis, notamment en ce qui concerne son rapport à la violence. Toujours dans les parallèles, bien que plus anecdotique cette fois-ci, relevons cette séquence du film montrant Claude s’adonner à des exercices physiques, séquence que Scorsese admettra avoir reproduite dans Taxi Driver et dans Les Nerfs à vif. Meurtre sous contrat s’impose donc comme un incontournable pour mieux comprendre le cinéma de Martin Scorsese. Le film s’inscrit dans une carte blanche qui met également en avant deux films du réalisateur new-yorkais : Mean Streets et Les Infiltrés. De quoi redécouvrir sous un jour nouveau, jusqu’au 18 novembre, un pan de l’œuvre de ce cinéaste majeur.


Coup de cœur (1981) – Francis Ford Coppola

(Carte blanche à Joanna Hogg)

Après cinq années de vie commune, Hank (Frederic Forrest) et Frannie (Teri Garr) se séparent un soir de fête nationale américaine après la dispute de trop. Ils profitent alors des festivités pour vivre de nouvelles expériences relationnelles et sondent ainsi l’amour qu’ils éprouvent encore l’un pour l’autre. Frannie semble se satisfaire de sa nouvelle situation, mais Hank réalise rapidement qu’il ne peut pas vivre sans elle. Il fera alors tout pour la reconquérir.


© Zoetrope Studios

Coup de Cœur apparut à l’époque de sa sortie comme un ovni dans la filmographie de Francis Ford Coppola. Le film fut d’ailleurs un échec commercial qui ruina temporairement le cinéaste. Coup de Cœur sortit juste après les quatre chefs-d’œuvre que Coppola réalisa coup sur coup, et qui constituent avec le recul l’âge d’or du cinéaste : les deux premiers volets du Parrain (1972 et 1974), Conversation Secrète (1974), et Apocalypse Now (1979). Coup de Cœur dénote d’abord par son genre, à cheval entre drame intime et music-hall, mais surtout par sa facture esthétique chargée qui flirte souvent avec le kitsch.


Coup de Cœur est le premier film que Coppola réalise entièrement dans les studios de l’American Zoetrope, la société de production que ce dernier fonde avec son ami Georges Lucas. Après le tournage homérique d’Apocalypse Now, Coppola se réfugie dans le confort du studio et profite de cet environnement ultra-contrôlé pour laisser libre cours à ses pulsions créatrices formelles les plus extravagantes. Faux décors, lumières artificielles, musique omniprésente, mouvements de caméra tape-à-l’œil, Coppola accumule les couches et crée un monde à la facticité assumée, dont les contours extérieurs semblent s’adapter au vécu intime des personnages. Si le scénario n’est qu’un prétexte au déploiement d’un arsenal d’artifices audiovisuels, ce qui a valu au film d’être réduit par certains critiques à un simple emballage cadeau sans contenu, l’enthousiasme ludique dont Coppola fait preuve confère au film une indéniable vitalité. C’est sans doute ce qui a poussé la réalisatrice Joanna Hogg à recommander ce film, disponible sur LaCinetek jusqu’au 19 novembre.

Documenteur (1980/81) – Agnès Varda

(Hommage à Agnès Varda)

Émilie, française expatriée en Californie, s’est récemment séparée de son compagnon et cherche un logement dans la banlieue de Los Angeles pour s’y installer avec son jeune fils Martin. Loin des siens, Émilie doit composer seule avec sa douleur tout en assumant la charge de son enfant.


© Ciné Tamaris

LaCinetek se propose d’accompagner l’exposition de la Cinémathèque française qui rend en ce moment hommage à Agnès Varda en programmant une sélection de cinq films rassemblés sous le libellé de « visions californiennes ». Varda a effectué deux séjours en Californie, respectivement à la fin des années soixante et septante, pour y capter l’air du temps sous une forme cinématographique hybride, entre fiction et documentaire.


« Là où je suis il n’y a que des mots et des visages » dira Émilie au début de Documenteur. On pourrait étoffer la liste de quelques éléments supplémentaires (la plage, la mer, des maisons de banlieue) mais cette phrase résume en substance le dispositif esthétique mis en place par Varda. De la fiction, Varda tire un personnage dont le flux de conscience exprimé en voix off (par nulle autre que Delphine Seyrig, qui prête sa voix au personnage d’Émilie incarnée par Sabine Mamou) se posera sur les fragments de réel que la réalisatrice capte avec sa caméra et qui constituent l’aspect documentaire du film. Ainsi, les mots issus de la fiction nourrissent les images documentaires, qui en retour produisent une substance narrative. Agnès Varda explique en effet dans une interview que les images documentaires parlent à la place du personnage et expriment sa douleur. Cette sensation de douleur se retrouve également dans la très belle musique du film, composée par Georges Delerue. Agnès Varda, résolument moderne, ne fait pas le récit de la souffrance d’une femme, mais la transmet sensiblement dans chacun de ses plans.


Documenteur, ainsi que les quatre autres films de la période californienne de Varda, est disponible sur LaCinetek jusqu’au 10 Novembre.


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