Mother’s Baby : Le thriller qui déconstruit l’instinct maternel
- Quentin Moyon

- 8 juin
- 2 min de lecture
« Tu voulais un enfant. — Oui, mais pas celui-là. » Présenté en compétition à la 75e Berlinale et lauréat d’un Grand Prix à Gérardmer en 2026, Mother’s Baby (2025) de la réalisatrice autrichienne Johanna Moder donne des palpitations. Thriller psychologique glaçant, le film s’attache à déconstruire avec une précision chirurgicale le mythe de l'instinct maternel.
Après le vertigineux Tár, le septième art semble avoir une dent contre la figure de cheffes d'orchestre au féminin. Avec Mother’s Baby, la réalisatrice autrichienne dirige une nouvelle symphonie de la décomposition d’une femme puissante et adulée Julia (Marie Leuenberger, d'une froideur terrassante), dont la vie professionnelle et sociale est progressivement engloutie par la présence d’un nourrisson qu’elle ne parvient pas aimer.
En plus d’une déconnexion avec son bébé, Julia subit le joug patriarcal de plein fouet dans sa vie privée (auprès d’un mari qui la laisse tout gérer), comme dans des sphères publiques, auprès du dérangeant Dr. Vilfort (Claes Bang) qui lui prophétise avec un cynisme glaçant, son futur : « Nous devons être prêts à renoncer à la vie que nous avions planifiée pour vivre celle qui nous attend.» Une véritable injonction à la castration sociale et professionnelle. Dans le même temps, des choses étranges semblent se passer dans cette clinique, loin de tout soupçon sur l’enlèvement et le remplacement des enfants à la naissance.

Dépossédée de sa chair, Julia l'est aussi de son statut de créatrice : incapable de nommer cet enfant étranger — au point d'alerter les services sociaux —, elle subit la loi de son compagnon. Georg (Hans Löw), est un mari démissionnaire qui reflète parfaitement l'étau du gaslighting - « Il n’y a pas de combat. Le combat est dans ta tête » lui assène-t-il-, renvoyant constamment Julia à sa seule culpabilité, comme le fait aussi très bien la série All Her Fault.
Mais Johanna Moder ne se contente pas du drame psychologique bourgeois. Elle donne du volume, de l'ambiguïté, à son récit en y introduisant la figure de l'axolotl. Comme dans la nouvelle organique de Julio Cortázar, cette créature étrange, condamnée à un état larvaire éternel, devient le miroir de l'altérité radicale et de l'enfermement mental. La mère et l'enfant, prisonniers du même bocal asphyxiant, finissent par se dévorer mutuellement, jusqu'à la fulgurance d'une horreur organique (ir)éelle.

Formellement, Mother’s Baby opère comme un étouffoir. La photographie atmosphérique de Robert Oberrainer écrase Julia dans des cadres larges aux lumières glaciales et finit d’inscrire Mother’s Baby dans une catégorie rare : celle des thrillers psychologiques intimes, à l'efficacité redoutable.



