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Suburban Fury : De femme au foyer conservatrice à terroriste, le portrait fascinant de Sara Jane Moore

Dernière mise à jour : 13 avr.

Brouillant les frontières entre fiction et documentaire, le réalisateur Robinson Devor a été salué par la critique américaine pour ses précédentes œuvres Pow Wow (2016), Zoo (2007) et Police Beat (2005). Mais son nom demeure encore très peu connu. Son nouveau documentaire Suburban Fury dresse l’intriguant portrait de Sara Jane Moore, la femme à l’origine de la tentative d’assassinat sur le président américain Gérald Ford le 22 septembre 1975. Le film, dont la sortie est inédite en Europe, sera mis à l’honneur au cinéma Nova du 9 avril au 7 juin. 


Sara Jane Moore dans Suburban Fury
Suburban Fury de Robinson Devor © Offscreen

Originaire d’une banlieue aisée de San Francisco, Sara Jane Moore avait tout d’une citoyenne ordinaire : mère de famille et femme au foyer aux idéaux conservateurs, rien ne laissait présager sa future radicalisation. Sourde aux bouleversements sociaux qui touchaient son pays, notamment avec la guerre du Vietnam, Moore vivait de manière relativement paisible, si ce n’est qu’elle a traversé cinq divorces. Ce n’est qu’en apprenant l’enlèvement de Patty Hearst, la fille de l’une de ses connaissances Randolph Hearst, éditeur de journaux multimillionnaire, qu’elle a commencé à prendre conscience des réalités qui l’entourent


Sara Jane Moore dans Suburban Fury
Suburban Fury de Robinson Devor © Offscreen

La narratrice qui n’est autre que Moore elle-même, disposait de 11 jours de tournage pour nous livrer son témoignage après 32 ans purgés d'une peine à perpétuité. Une histoire qu’on est en droit de prendre avec des pincettes non seulement parce qu’elle est la seule personne à témoigner mais aussi parce qu’elle a accès à certaines informations sensibles due à sa proximité avec le FBI.


Inspiré par Conversation secrète de Coppola, Robinson Devor ajoute à cette pression palpable en mettant en scène Moore tantôt dans une voiture, surveillée par des silhouettes anonymes qu'on distingue en arrière-plan, tantôt dans une salle de tribunal ou encore dans sa maison face à une baie vitrée.


Sara Jane Moore dans Suburban Fury
Suburban Fury de Robinson Devor © Offscreen

En parallèle, son récit est réimaginé en dialogue avec celui de son agent de liaison du FBI, Bert Worthington, auquel le réalisateur prête sa voix. Des images d'archives inédites complètent le parcours rocambolesque de Moore et rend compte de ses multiples facettes : mère, informatrice du FBI infiltrée dans des groupes militants d'extrême-gauche, terroriste. 


Cependant, on peut vite se noyer dans les pensées tumultueuses de cette femme âgée, et dans le flot d’informations qu'elles contiennent. Une figure fascinante mais insaisissable qui laisse perplexe même après deux heures de film.



Avec Sara Jane Moore, Robinson Devor. 120 minutes, États-Unis, 2024


Deux autres documentaires de Robinson Devor à découvrir au Cinéma Nova :


Police Beat de Robinson Devor
Police Beat de Robinson Devor © Cinéma Nova

Police Beat, un docufiction immersif et étrange sur la vie d'un agent de police sénégalais à Seattle


Le film suit un agent de police d’origine sénégalaise, récemment arrivé à Seattle, qui patrouille à vélo. Avec une voix off en wolof, il partage son vécu et nous emmène au cœur de ses errances urbaines. Ce décalage narratif, jouant sur la familiarité, l’étrangeté et les questions d’appartenance, s’impose de manière immersive grâce aux superbes images de Sean Kirby et à une mise en scène subtile de cette Amérique vécue par un outsider. Les faits divers, issus de vraies interventions de la police de Seattle, sont parfaitement intégrés à un récit écrit avec brio par Robinson Devor et l’écrivain zimbabwéen Charles Tonderai Mudede.


À découvrir le 2 mai à 20h et le 24 mai à 20h30 au cinéma Nova.


Pow Wow de Robinson Devor
Pow Wow de Robinson Devor © Cinéma Nova

Pow Wow, un documentaire subtil sur l'appropriation culturelle et territoriale


Avec Pow Wow, Robinson Devor nous plonge au cœur de la vallée désertique de Coachella, en Californie. La caméra de Sean Kirby y explore tour à tour des visages marqués par l’histoire et des paysages à la fois immaculés et défigurés par l’œuvre de générations de pionniers. Le film révèle un monde complexe, fait de dominations et d’histoires tantôt cachées, tantôt assumées, dessinant au milieu d’un système d’irrigation scandaleux le processus d’exploitation des terres et de ses habitants. Évocateur, subtil et élégant, ce récit prend le temps de la mesure jusqu’à ses scènes finales glaçantes, qui dressent un tableau puissant d’une appropriation culturelle et territoriale évidente.


À découvrir le 10 mai à 20h et le 23 mai à 21h30 au cinéma Nova.

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