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Critique : The Pale Blue Eye de Scott Cooper

Romantisme morne

©Netflix

Edgar Allan Poe. Peu d’auteurs peuvent se targuer d’être entourés d’une telle aura de mystère. A tel point que, plus que son œuvre, c’est désormais le romancier lui-même qui inspire la fiction. Détective intrépide interprété par John Cusack dans L’Ombre du mal (2012), apparition spectrale qui guide les protagonistes dans Twixt (2011), Edgar Allan Poe est progressivement devenu une figure incontournable du cinéma fantastique. The Pale Blue Eye, adapté du roman éponyme de Louis Boyard (2003), entend bien apporter sa pierre à l’édifice. Dans ce film distribué par Netflix, Edgar Allan Poe n’est pas encore un auteur reconnu mais, au contraire, un simple poète débutant, solitaire et inexpérimenté. Sa vie bascule lorsqu’il s’associe à Auguste Landor, détective chevronné campé par Christian Bale. Ensemble, les deux hommes tentent de découvrir la vérité autour d’un meurtre sordide survenu à l’école militaire de West Point. Le film est donc proche de l’uchronie, soit un récit qui s’appuie sur des bases historiques réelles - Edgar Allan Poe a effectivement été formé à West Point - pour ensuite plonger à pieds joints dans la fiction.


En vérité, les ambitions du film de Scott Cooper sont doubles. D’abord, proposer un véritable whodunit dans un contexte historique, à la manière du duo Sherlock Holmes et Watson. Ensuite, et c’est toute l’originalité de la démarche, faire de cette enquête fictive la source d’inspiration principale des futurs écrits de Poe. Le film s’assume comme un véritable défilé de tous les motifs indissociables de l’auteur ; personnages féminins spectrales, amour passionné à l’issue tragique, rebondissements inattendus, macabre omniprésent, etc. Les références sont nombreuses, particulièrement pour les aficionados de l’auteur. Malheureusement, ce programme alléchant n’est hélas pas transcendé par Scott Cooper.


En effet, si les bases du récit sont solides et que la mise en scène parvient à mettre en place une atmosphère froide et élégante, l’écriture se révèle progressivement décevante, fade et prévisible, surtout en comparaison de la récente saga À couteaux tirés qui dynamite les codes du whodunit de manière jubilatoire. C’est particulièrement vrai dans la seconde partie du film, où Scott Cooper échoue à manier les ruptures du ton de son récit, avant de conclure sur une scène de révélation bavarde et laborieuse. Le scénario souffre également d’une vraie faiblesse dans l’écriture de ses personnages féminins. L'œuvre de Poe regorge de muses tragiques et on comprend aisément que The Pale Blue Eye s’y référence, mais davantage de modernité aurait été appréciée dans ce récit où les femmes sont systématiquement sacrifiées pour nourrir la mélancolie des personnages masculins.


Finalement, il y a de grandes chances pour que The Pale Blue Eye rejoigne les rangs de tous ces films oubliables distribués par Netflix. A moins que l’on se rappelle du film pour ses deux acteurs principaux, très convaincants. Si Christian Bale est encore une fois impeccable et charismatique, c’est surtout Harry Melling qui étonne. Son Edgar Allan Poe fantasque et mélancolique s’avère particulièrement savoureux, parvenant même parfois à voler la vedette à l’interprète de Batman. Du reste, The Pale Blue Eye restera peut-être aussi en mémoire pour sa dernière scène, étonnamment mélancolique, comme si le film, dans un ultime soubresaut, atteignait soudainement le romantisme noir qu’il poursuivait depuis deux heures.


RÉALISÉ PAR : SCOTT COOPER

AVEC : CHRISTIAN BALE, HARRY MELLING, LUCY BOYNTON & CHARLOTTE GAINSBOURG

PAYS : ÉTATS-UNIS

DURÉE : 130 MINUTES

SORTIE : LE 6 JANVIER ( SUR NETFLIX)


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