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Critique - Avatar : La voie de l'eau

Dernière mise à jour : 14 déc. 2022


© 2022 Twentieth Century

Le tour de magie Avatar peut-il être répété ? Au-delà des inévitables considérations financières qui accompagnent la sortie de ce coûteux second volet, la question, avant d'entrer dans la salle, plane. Est-il encore possible de saisir l'imaginaire et l'enthousiasme du public si longtemps après le succès singulier du premier volet ? Quelque 192 minutes plus tard, on serait tenté de répondre par la positive. Nul doute que celles et ceux que l'univers du Avatar de 2009 n'a pas séduit auront du mal à y trouver leur compte, mais cette suite démesurée, d'une ambition visuelle folle et portée par un remarquable souffle épique, devrait remuer les foules.


Plus éperdu que jamais devant la planète Pandora, James Cameron nous y plonge tout entier, agrandissant son monde, enrichissant sa culture et sa faune déjà foisonnante, et plaçant les Na'vis au centre de tout. Les gigantesques extraterrestres bleus sont désormais les personnages principaux, menés par le héros du premier, Jake Sully, qui fait maintenant partie intégrante de ce peuple. Habitant pleinement son nouveau corps, il s'exprime avec aisance (c'est aussi naturel « que de parler anglais » déclare-t-il, une réplique qui permet au film de revenir à la langue de Shakespeare) et mène comme un chef militaire sa grande famille.


Avec un tel cadre, La voie de l'eau peine dans un premier temps à saisir la magie du premier volet, dont l'atout était la découverte, la magie de l'inédit. Exposant de manière quelque peu laborieuse les tenants et aboutissants d'un univers que l'on connaît déjà, le film paraît d'abord superflu. Mais cette suite finit par trouver sa raison d'être en faisant prendre la fuite à ses personnages, menacés par des mercenaires. Dès lors que nos protagonistes, réfugiés auprès d'un clan lointain, plongent dans leur océan, tout devient évident, et le film coule de source.



L'univers aquatique imaginé par Cameron et ses équipes est, sans exagération, un prodige technologique et artistique. L'émerveillement est de tous les instants devant ce travail de cinéma qui a quelque chose de féérique, animé par des jeux de lumière, des textures liquides et des reflets d'une saisissante authenticité. Explorant encore plus loin sa fascination bien connue pour les milieux marins et océaniques (abordée dans le numéro 3 de Surimpressions par Simon Lionnet), le cinéaste s'attache à en faire un espace aussi magique que spectaculaire. Et au-delà de la prouesse des effets spéciaux, on reste admiratif devant la fluidité des mouvements de caméra, la clarté des scènes d'action et la capacité du film à susciter le vertige. Plus à l'aise que jamais dans les eaux de Pandora, le réalisateur s'offre même le luxe de quelques auto-références à ses précédents films, dont il convoque les morceaux de bravoure, de Abyss à Titanic. Si trois suites à La Voie de l'eau n'étaient pas déjà annoncées, on serait tenté de voir dans ce film le chant de cygne d'un cinéaste jetant un dernier regard sur son œuvre.


Comme Avatar premier du nom, la révolution est technologique, mais pas forcément narrative, James Cameron préférant toujours se reposer sur des recettes testées et approuvées. Chargé de conflits familiaux, le film appuie son récit sur des enjeux faciles à comprendre, et des motivations claires : une jalousie entre frères, un fils en conflit avec son père, une mère qui privilégie ses propres enfants à ceux des autres, etc. Les fils narratifs sont simples à suivre, et c'est tant mieux, car ils sont nombreux. Peuplé d'une foule de personnages, La voie de l'eau croise de multiples histoires dans ses trois heures de spectacle, au risque parfois de nous faire frôler l'overdose.


Comme le premier Avatar, La voie de l'eau barbote en eaux troubles dans son propos et ses représentations. Prêchant la paix tout en jouant à la guerre, vantant grâce à de gigantesques moyens technologiques un retour à la nature, ce deuxième opus continue de puiser dans la culture de différents peuples pour imaginer le sien, et flirte avec l'appropriation. Entre les dreads de ses personnages, les contradictions de son message écologique et son curieux mysticisme, on pourrait discourir longtemps sur les paradoxes qui habitent le film.

N'est-il d'ailleurs pas surprenant qu'un long-métrage aussi étrange soit à même de provoquer des raz-de-marée dans les salles ? Il s'agit après tout d'un film dans lequel Sigourney Weaver, 73 ans, joue une adolescente extra-terrestre, une œuvre où les sons produits par de gigantesques créatures de la taille de baleines sont sous-titrés.


Si le grand public parvient (et parviendra) à accepter de telles facettes absurdes, c'est sans doute parce que le film, dans toute sa naïveté, est d'une complète sincérité, refusant de ricaner même lorsqu'il avance les idées les plus saugrenues. Persuadé de la force de ses personnages et de son univers, James Cameron met toute sa maîtrise et son talent au service d'un spectacle grandiloquent, épuisant et singulier. Et il faut le reconnaître : il parvient encore, toutes ces années plus tard, à nous convaincre.




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