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Critique de Only the river flows

Un polar poisseux et parano

Il ne fait pas bon sortir sous la drache pour les habitant·es de Banpo, petit village de la Chine rurale. Alors que des meurtres étranges s’accumulent, l’inspecteur en chef Ma Zhe (Zhu Yilong) en est persuadé : quelque chose cloche. Il y a paradoxalement trop de pistes, trop de témoins, trop de suspects volontaires ou idéaux. Avec ce polar très sombre et paranoïaque, le jeune réalisateur chinois Wei Shujun, trente-trois ans au compteur, signe un long-métrage ultra-maîtrisé, au point d’en devenir suffocant.


Tourné sur pellicule et travaillant les variantes de gris, Only the River Flows n’a rien du spectacle aimable. Au contraire, le film cherche à déstabiliser son public en le projetant dans la psyché fragile de Ma Zhe. Il pioche pour cela dans tout un panel de techniques, d’un plan séquence inaugural à de longues scènes statiques et soigneusement composées. Dans son dernier tiers, la tension explose enfin, offrant des visions cauchemardesques qui ne sont pas sans rappeler le réalisateur Kiyoshi Kurosawa de Cure ou Rétribution, l’élément fantastique en moins. Quant à la fin, paradoxale et douce-amère, elle est bien plus ambiguë qu’il n’y paraît…


Cela fait quelques années qu’une nouvelle vague de films noirs chinois est en train d’émerger. On pense à Une pluie sans fin (2017) ou au Lac aux oies sauvages (2018). Only the River Flows s’inscrit tout à fait dans cette mouvance et dans ses obsessions : décrire les marges chinoises en évoquant en biais la pauvreté, la corruption ou plus généralement la perte de repère morale d’un pays en perpétuel mutation. La pluie s’y détache souvent comme un élément symbolique central : s’immisçant partout, elle souligne le caractère poisseux des institutions ou des situations particulières. Chez Wei Shujun, elle peut même rendre fou.



RÉALISÉ PAR : WEI SHUJUN

AVEC : ZHU YILONG, CHLOE MAAYAN, HOU TIANLAI

PAYS : CHINE

DURÉE : 102 MINUTES

SORTIE : 10 JUILLET

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