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Critique : La Main de Danny et Michael Philippou

Reprendre ses esprits

© O'Brother

Comment être original en mettant en scène un récit horrifique de possession, thème déjà mille fois abordé au cinéma ? Voilà la question à laquelle les frères jumeaux stars d’internet (leur chaîne Youtube comptabilise à elle seule plus de 6 millions d’abonnés), les Australiens Danny et Michael Philippou, ont dû répondre en réalisant La Main, leur tout premier film, distribué par A24.


Et le pari est presque réussi. L’intérêt principal de leur film réside dans son discours sur l’adolescence que l’on perçoit dès le début du film. Dans cette période de la vie où l’on joue volontiers avec les limites et qu’on les teste, il est intéressant d’avoir remplacé l’alcool, la drogue par une main embaumée à l’origine douteuse qui permettrait d’appeler les esprits des défunts (à la manière d’une plus classique planche de ouija). La prise de risque réside ici dans le fait d’oser serrer cette main et se faire posséder par un esprit, sous les flashs des smartphones qui ne ratent évidemment rien de la scène. Mia (Sophie Wilde), Jade (Alexandra Jensen) et son petit frère Riley (Joe Bird) vont être confrontés à cet objet après avoir rejoint leur groupe d’amis pour une soirée. il n’y a qu’une seule règle à respecter : il ne faut surtout pas tenir la main plus de 90 secondes. Mia et le groupe deviennent accro à ce nouveau frisson, et va de plus en plus loin, jusqu’à libérer des forces surnaturelles terrifiantes. Car la frontière entre les deux mondes, celui des vivants et celui des morts, commence petit à petit à s’effriter. Le principe rappelle de Flatliners (2017), qui voyait aussi des jeunes adultes enchaîner les comportements transgressifs afin de découvrir ce qu’il se passe après la mort.


La Main a le mérite d’éviter d’utiliser à outrance le procédé du jump scare préférant instiller la peur sur la durée, avec des scènes psychologiquement très intenses. Cette peur est soutenue par un maquillage très efficace, au rendu particulièrement effrayant (avec notamment des pupilles dilatées), qui déforme complètement le visage des actrices et acteurs et qui laisse deviner qu’ils sont possédés par un esprit. Personnage féminin réussi, dans toute sa complexité, Mia permet également d’aborder des sujets assez habituels dans les films d’horreur, tels que le deuil ou la maladie mentale, avec une performance très habitée de l’actrice Sophie Wilde, sur laquelle repose une bonne partie du film. D’autres films du genre utilisent exactement de la même façon les traumatismes et les non-dits comme des portes d’entrées métaphoriques permettant aux esprits d’entrer dans notre monde. Le directeur de la photographie Aaron McLisky a réussi à créer une ambiance très sombre qui entoure les personnages jusqu’à la fin du film. Une fin qui est d’ailleurs laissée en partie ouverte aux interprétations.


Du côté des aspects moins réussis, il est vraiment dommage de ne pas avoir beaucoup plus développé dans le récit les conséquences des réseaux sociaux et de leurs images virales. Être filmés (et donc acceptés dans un groupe ?) semble pourtant bien constituer l’une des motivations de ces jeunes pour jouer à ce jeu dangereux. Un sous-texte qu’il aurait été intéressant d’approfondir au cinéma à l’heure où les défis alarmants destinés aux adolescents se répandent comme des traînées de poudre sur les réseaux sociaux, comme TikTok. Quelques scènes d’horreur qui nous auront fait sourire, sans que l’on sache si c’était volontaire, en essayant surtout de dégoûter le public, plutôt que de lui faire vraiment peur.

Bref, si les impressions sont mitigées, osons avancer que les deux frères doivent encore… se faire un peu la main !


RÉALISÉ PAR : DANNY ET MICHAEL PHILIPPOU

AVEC : SOPHIE WILDE, ALEXANDRA JENSEN, JOE BIRD, OTIS DHANJI

PAYS : ÉTATS-UNIS DURÉE: 94 MINUTES

SORTIE : 30 AOÛT

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