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De Max Max à Furiosa : Retour sur une saga pas comme les autres

George Miller, Max et Furiosa : de l'action post-apo au mythe universel


Le 22 mai devrait être un jour exceptionnel pour les fans de cinéma d’action : le très attendu Furiosa : Une saga Mad Max, porté par Anya Taylor-Joy et Chris Hemsworth, sort enfin dans les salles obscures. L’occasion idéale pour revenir sur la saga et son créateur, l’insaisissable et talentueux George Miller.

Quelle est la clé de voûte du cinéma de George Miller ? Depuis la fin des années 70, le cinéaste australien semble cultiver le grand écart et alterne les tonalités et les genres à travers une filmographie pour le moins éclectique : Mad MaxLes Sorcières d’Eastwick, Happy Feet, Trois Mille ans à t’attendreUne carrière qui semble a priori incohérente et dispersée, insoumise à la fameuse politique des auteurs tant chérie par les critiques. En vérité, la singularité de George Miller se retrouve moins dans ses sujets que dans la manière de les raconter. À travers l’évolution de la saga Mad Max, retour sur un narrateur pas comme les autres.


1979. Mad Max premier du nom. À l’origine de la saga qui a révélé Mel Gibson, il y a un long-métrage fauché, tourné dans des conditions de sécurité douteuses, dont le premier miracle est d’avoir été conçu sans qu’aucun cascadeur ne trouve la mort. La suite de l’histoire est connue : le long-métrage choque le monde à sa sortie par son ultra-violence, qui lui vaut une interdiction aux moins de dix-huit ans dans plusieurs pays. Classification qui ne fait qu’accroître son statut d’objet culte un peu turbulent. Néanmoins, on aurait tort d’éclairer le succès du film à la seule lueur de sa violence. Il y a d’abord un talent évident de mise en scène dans Mad Max, une modernité éclatante dans les courses-poursuites qui ringardise instantanément la concurrence. Mais surtout, il y a Max, un héros que Miller n’a pas imaginé avec des velléités de franchise mais qui trouve un retentissement inattendu auprès du public. 


Mel Gibson dans Mad Max 2
© Kennedy Miller Productions

Pour les Français, Max était un desperado à moto. Au Japon, c’était un samouraï rejeté par la société. En Scandinavie, un guerrier viking. Partout, ce film a trouvé une résonance particulière dans la culture locale. Sans le savoir, nous avions puisé à la source du mythe du héros universel.” confie le cinéaste australien. Mythe et universel. Les mots-clés ont été lancés. Lorsqu’il s’attelle à l’inévitable suite, le réalisateur se replonge avec avidité dans le monomythe de Campbell et les théories de Jung. Son objectif ? Maximiser l’universalité de son récit.


En 1981, Mad Max 2 : Le Défi sort dans les salles obscures et n’a pas grand-chose à voir avec le premier opus. La note d’intention est évidente dès l’introduction, où un vieillard raconte l’histoire d’unguerrier solitaire” qui a libéré sa tribu de l’oppression lorsqu’il était enfant. Un préambule qui rappelle la transmission orale des fables et qui place dès les premières minutes Max comme une entité légendaire. Dans l'épilogue, le vieillard conclut “Après cela, nous ne l'avons jamais revu”. Max n’est plus ce policier acculé qui a perdu sa famille, il est désormais une figure fantomatique et vengeresse dont l’humanité a été enterrée en même temps que la civilisation. Un archétype de loner, presque privé d’évolution psychologique. Comme son contemporain Rambo, Max fait partie de ces héros de fiction dont l’imaginaire collectif a davantage retenu l’image reflétée dans le second opus que celle du premier. 


Un héros mythologique
© Kennedy Miller Production

Mais ce n’est pas le seul changement opéré dans Mad Max 2. Peu concerné par la cohérence diégétique, George Miller a transformé le monde vaguement dystopique du premier film en un véritable post-apo d’influence pulp, vaste étendue aride où le gasoil règne en seule denrée. Une métamorphose radicale, dont les codes seront réinvestis dans les films suivants,  Au-delà du dôme de Tonnerre et Fury Road. Une allégorie de la terreur d’une guerre atomique, certes, mais surtout, un territoire parfait pour que Miller développe sa vision d’un divertissement universel. Le monde de Mad Max, turbulent, sans loi, lui donne exactement ce dont il a besoin : l’épure. Débarrassé des oripeaux d’une société organisée, Miller explore l’être humain dans sa forme la plus brute et décomplexée au travers d’intrigues désertées de toute afféterie narrative. 


Si Mad Max 2 demeure l’un des films d’action les plus cultes des années 80 et que le troisième opus remet une pièce dans la machine mythologique en transposant Max dans le rôle d’un messie sans nom, la démarche de Miller atteint indéniablement son pinacle avec Fury Road en 2015. Projet de longue haleine à la genèse tourmentée, ce quatrième film frappe par ce qu’il n’est pas. Il n’est pas un objet nostalgique surfant sur les années 80. Il n’est pas saturé d’effets numériques. Plus étonnant encore : alors que la même année Star Wars 7 et Terminator 5 optaient pour le retour en grande pompe de leur acteur fétiche désormais vieilli - respectivement Harrison Ford et Arnold Schwarzenegger - Miller a préféré remplacer Mel Gibson par le fringant Tom Hardy. Autre preuve que Max est avant tout un archétype intemporel. 


Tom Hardy en mauvaise posture dan Fury Road
© Warner Bros

En vérité, ce retour au Wasteland est moins une suite qu’une version raffinée - dans le sens pétrolier du terme - des opus précédents. Miller perfectionne son idéal du récit et dévoile avec Fury Road une œuvre dont la richesse thématique se déploie à travers une narration émaciée jusqu’à l’os, qui va puiser dans le cinéma muet. Le film emprunte au Mécano de la générale de Buster Keaton son intrigue sous forme d’aller-retour, son économie de dialogue et surtout, sa narration par l’action. 


Là où une majorité de blockbusters se contentent d’une alternance entre scènes d’action qui ne racontent rien et moments d’expositions trop bavards, dans Fury Road, ces deux pôles s’harmonisent constamment au sein d’un même flux. Narré dans une urgence perpétuelle, Mad Max 4 ne ménage aucune bulle d’air à ses protagonistes et fusionne les évolutions de leur rapport avec l’action. Que font Max et Furiosa la première fois qu’ils se rencontrent ? Ils se battent. Comment Miller montre l’affection qu’ils éprouvent progressivement l’un pour l’autre ? Par des raccords précis de montage qui mettent en parallèle leur action et les rapprochent symboliquement au milieu de la frénésie. De quelle manière se quittent-ils à la fin du métrage ? D’un simple regard entendu. L’économie dont fait preuve Miller pave la voie à une rare forme de pureté, un film d’action d’une linéarité salvatrice qui se pose comme l’antithèse des blockbusters sophistiqués et retors popularisés par Christopher Nolan.


Furiosa incarnée par Charlize Theron, l'un des personnages phares de Fury Road
© Warner Bros

Ce dégraissement narratif est d’autant plus stupéfiant qu’il n’endommage jamais les implications politiques de l’intrigue. Mad Max 4 se fait le grossissement sinistre de nos déviances contemporaines : exploitation du corps de la femme, système politique tout en verticalité, intégrisme religieux. En contrepoids de l’équation, il y a le personnage génial de Furiosa, valeureuse guerrière qui se rebelle contre un pouvoir qui incarne le patriarcat dans tous ses excès. Une orientation qui replace les femmes au centre de la franchise et qui devrait logiquement se prolonger avec Furiosa.


Mad Max : Fury Road s’apparente donc à une forme d’apothéose de l’épure façon Miller. Avec une durée de 2H30 et un récit se déployant sur des années, Furiosa explorera sans doute d’autres motifs - le sous-titre saga renvoie d’ailleurs aux grandes histoires en prose du Moyen Âge, soit une autre forme de mythologie. On touche du doigt la plus grande qualité de George Miller : il est avant tout un conteur hors pair, dont chaque film se caractérise par une réflexion sur l’art de raconter. La narration et l’imaginaire sont d'ailleurs au centre de l’opus mal-aimé de la saga. Dans Mad Max 3, Max devient malgré lui le messie d’une bande d’enfants ayant bâti un culte autour d’un futur sauveur les emmenant dans les cieux à bord d’un avion…Une prophétie qui se réalise au cours de l’intrigue. C’est dire l’inestimable croyance de Miller dans les potentialités du récit.



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