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Critique : Holly de Fien Troch

Malleus Maleficarum

©Toon Aerts

Chétive. Peau diaphane. Grands yeux bleus habités. Aura divine. La vie est un chemin de croix pour la discrète mais indépendante Holly (Cathalina Geeraerts), adolescente de 15 ans, dont la solitude habille le quotidien. À l’école ou en dehors, les brimades et noms d’oiseaux - “sorcière”, “malédiction” - la frappent de plein fouet, sans épargner son seul et unique ami, Bart (Felix Heremans) marqué par une neuro-divergence non spécifiée. D’autant plus depuis qu’un beau matin, prise d’un pressentiment, elle anticipe le terrible incendie qui frappera son école et laissera derrière lui une dizaine de victimes et un village éploré.


Pas de crapaud, balais ou autre verrue ici. La chasse aux sorcières, au centre du cinquième long-métrage de la réalisatrice Fien Troch, sublimement accueilli à la Mostra de Venise, côtoie habilement les vieilles marottes de la cinéaste belge - le passage à l’âge adulte, la recherche identitaire sont des thématiques déjà abordées dans ses films Kid et Home - tout en lui donnant une apparence mystique. C’est que la figure de la sorcière revient en force dans nos sociétés contemporaines en proie à une perte de sens. La réhabilitation de cette figure maudite, notamment par le mouvement féministe qui se l’approprie en la définissant comme « la femme affranchie de toutes les dominations, de toutes les limitations » selon Mona Chollet, s’inscrit dans un processus de “réenchantement du monde”, de retour du sacré, de l’inscription du spirituel dans notre quotidien. Du pain bénit pour Fien Troch qui met ici en scène la sanctification d’une jeune fille martyre incarnée avec force et justesse par Cathalina Geeraerts, sacrée meilleure actrice à la 80e édition de la Mostra de Venise. Une jeune femme en perte de repères, et en quête de soi, qui fera don de son aura pour “panser” les (ses ?) plaies.


Intégrant bientôt l’association d’aide à la population locale menée par son enseignante Anna (Greet Verstraete), Holly se retrouve au centre de l’attention. Tout de bleu vêtue - évoquant directement la vocation protectrice de la magie bleue - et ses pseudo-aptitudes de guérison à l’appui, elle est bringuebalée çà et là à la rencontre des proches des victimes en recherche de réponses et de soutien. C’est dans ce cadre qu’elle reçoit enfin l’attention qu’elle a longtemps recherchée, tout en acceptant son statut d’objet de culte : son prénom, Hol(l)y, invoquant, à une lettre près dans la langue de Shakespeare, le sacré.


Mais l'ambiguïté s’installe bientôt. Est-elle réelle, ou l’objet voire l’instigatrice d’une manipulation visant à profiter du malheur de ses fidèles ? Holly, en anglais encore, renvoie au feuillage piquant de cette plante ornementale de Noël qu’est le houx… Ferait-elle plus de mal que de bien ?

Sans apporter de réponse claire à cette question, les habillages sonores et visuels viennent entourer cette réflexion d’un halo étrange, anxiogène, horrifique… Au travers des nappes sonores synthétiques et répétitives composées par Johnny Jewel, évoquant l’univers de John Carpenter ou les figures féminines possédées de Stephen King ; mais aussi visuellement, par le biais d’une succession de zooms lents et de plans sans profondeur de champ proposés par le directeur de la photographie Frank van den Eeden - déjà derrière l’image du Close de Lukas Dhont - qui traitait lui aussi de harcèlement scolaire et de la difficulté pour des jeunes en construction d’exprimer leurs souffrances. Le film est étouffant, comme pour appuyer sur l’enfermement dans lequel se trouve Holly et pour nous faire ressentir le poids d’une sanction (divine) qui tombera bientôt.


De cette obscurité émerge malgré tout une forme de lumière. Si la présence seule d’Holly crève l’écran, le personnage de Bart nous apporte quelques rires bienvenus auréolant le film d’une puissance nouvelle. Sans ouvrir à sa réalisatrice (pour l’instant) les portes d’Holly-Wood (Augure, autre film mystique, s’envolant pour représenter la Belgique aux Oscars cette année), Holly va sans aucun doute laisser en nous de profonds stigmates.


RÉALISÉ PAR : FIEN TROCH

AVEC : CATHALINA GEERAERTS, FELIX HEREMANS, GREET VERSTRAETE, ELS DEKEULELIER

PAYS : BELGIQUE

DURÉE : 103 MINUTES

SORTIE : LE 22 NOVEMBRE

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