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Critique : Holy Rosita de Wannes Destoop


© Cinéart

Difficile de ne pas voir dans Holy Rosita un nouvel exemple de ces films belges hantés par le cinéma des Frères Dardenne : de la thématique sociale forte aux habitudes de mise en scène (la caméra constamment rivée au personnage), jusqu’au prénom du personnage principal (Rosita, rappelant le Rosetta du film éponyme de 1999). La révolution esthétique qu’a constituée la proposition des deux natifs de Seraing a essaimé le cinéma d’auteur contemporain par-delà les frontières de notre plat-pays ces vingt-cinq dernières années, pour le meilleur (on pense notamment aux Roumains Christian Mungiu et Cristi Puiu) mais souvent pour le pire. De la caméra-chalumeau des Dardenne qui, branchée sur la pulsion des corps déclassés, pénètre sous le derme des personnages pour en saisir le bouillonnement, les émules n’ont souvent retenu que l’arrimage stérile de la caméra aux personnages et les thématiques sociales misérabilistes. Le premier long-métrage du Flamand Wannes Destoop constitue de ce point de vue un cas d’école.


Rosita (Daphne Agten) est une jeune prolétaire ostendaise qui accumule les jobs (stewardesse de matchs de foot, employée de teinturerie) pour subvenir à ses besoins. En parallèle de ces activités licites, l’imposante Rosita, au physique trop peu représenté dans le cinéma contemporain, entretient une petite affaire de massage-prostitution « soft », qui est autant un moyen d’arrondir ses fins de mois que de pallier au manque de tendresse dont elle souffre. Voilà pour le cadre social minimal dans lequel vont pouvoir s’épanouir le psychologique et l’émotionnel, les deux grands commandements du cinéma belge contemporain. Le psychologique, d’abord. Rosita n’est mue que par une seule obsession : avoir un enfant à elle. Problème, la protagoniste est une adulte-enfant irresponsable qui n’est pas armée pour être maman. C’est en tout cas ce que lui assène à l’envie sa mère de substitution (Mieke De Groote), et ce travail de sape psychologique produit ses effets puisque Rosita admettra à sa gynécologue que si elle ne peut pas avoir d’enfant, c’est « à cause de qui elle est ». Déchirement familial, donc, lorsque Rosita parvient à tomber enceinte en s’administrant le résultat physiologique d’une passe avec un client.


Le film semble ainsi vouloir traiter de l’intériorisation d’une violence sociale qui conduit à l’autodénigrement des individus, mais ne parvient malheureusement jamais (essaie-t-il seulement ?) à donner une consistance suffisante aux contraintes sociétales iniques qui pèsent sur la vie et donc le comportement du personnage. Si bien que le film creuse son propre angle-mort : il finit par donner raison à la mère castratrice en laissant, par exemple, le sentiment aux spectateurs que, si Rosita ne paie pas ses factures à temps, ce n’est pas à cause de sa situation sociale précaire mais bien du fait de son irresponsabilité.


En termes de mise en scène, Wannes Destoop condense tous les clichés du film social contemporain - caméra épaule, cadrage serré (qui, à ne regarder que le personnage, finit par ne rien montrer), jeu d’acteur démonstratif – et les mélange à un esthétisme publicitaire à la Lukas Dhont, fait de plans joliment colorés et de scènes surdécoupées. Parce que, voyez-vous, il ne faudrait tout de même pas que la misère soit déprimante, ou pire, ennuyeuse. En revanche, triste, ça oui ! Et plutôt deux fois qu’une. Le film pâtit donc, en sus du reste, d’un pathos caricatural exemplifié par la scène où Rosita apprend sa grossesse à sa mère, et dans laquelle la musique dégoulinante redouble l’effusion émotionnelle des cris et des larmes filmés en gros plans. À trop vouloir faire pleurer, Wannes Destoop susciterait presque le dégoût.


RÉALISÉ PAR : WANNES DESTOOP

AVEC : DAPHNE AGTEN, JANNE DESMET, MIEKE DE GROOTE, JOS GEENS, DELFINE BAFORT

PAYS : BELGIQUE

DURÉE : 90 MINUTES

SORTIE : LE 14 FÉVRIER


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