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28 Years Later, The Bone Temple : Une suite démoniaque à s'en ronger les os

Attention, l’article suivant contient des spoilers sur “28 Years Later” de Danny Boyle.


Dans la continuité du retour de Danny Boyle / Alex Garland aux manettes de la franchise horrifique culte initiée en 2002, Nia DaCosta prend le contrôle de la suite directe des événements de 28 Years Later avec une nouvelle plongée dans une Grande-Bretagne post-apocalyptique, dévastée par une épidémie de fureur. Un quatrième épisode qui délaisse l’audace visuelle de son prédécesseur au profit d’un jeu d’opposition à la fois cauchemardesque et lumineux entre deux visions du monde.


© Sony Pictures
© Sony Pictures

Souvenez-vous: après l’euthanasie de sa mère (Jodie Comer) par le docteur Ian Kelson (Ralph Fiennes), le jeune Spike (Alfie Williams) est secouru in extremis d’une attaque d’infectés par Jimmy Cristal (Jack O’Connell) et sa bande de sbires dans une scène pour le moins haute en couleurs, reprenant des chorégraphies tout droit tirées d’un épisode des Power Rangers sur fond de remix métal du générique de Teletubbies.


Une rupture de ton désopilante comme point final d’une œuvre étrange et bâtarde où se mêlent les expérimentations à l’iPhone 15 du réalisateur de Trainspotting, la photographie tantôt sublime, souvent criarde d’Anthony Dod Mantle et la plume inégale d’un Garland (scénariste de Boyle pour 28 jours plus tard et réalisateur de Civil War) qui se sert du film de zombies pour parler en filigrane du Brexit et de la hausse du conservatisme britannique, du COVID et de notre rapport à la mort.


Rebondir là-dessus n’était donc pas chose aisée mais, si l’annonce de Nia DaCosta (le remake de Candyman et l’ultra-générique The Marvels) aux commandes de cette suite pouvait laisser sceptique, force est de constater que la réalisatrice américaine et Alex Garland relèvent le défi avec brio. 


© Sony Pictures
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À partir d’un récit resserré sur la troupe des Jimmys, un groupe de jeunes survivants ultra-violents (rappelant étrangement les droogies d’Orange mécanique), mené par son leader sataniste Sir Jimmy Cristal et sur le personnage du docteur Ian Kelson, poussant plus loin que jamais ses tentatives de compréhension des infectés, 28 Years Later: The Bone Temple délaisse le récit initiatique du précédent volet pour confronter la dualité entre théologie et science, chaos et espérance.


D’un côté, les sirènes du désespoir qui poussent Jimmy à s’autoproclamer serviteur de Satan sur Terre, influençant tel un gourou (en miroir de son père prêtre), les survivants croisés sur sa route à le rejoindre dans sa quête de destruction. De l’autre Kelson, isolé dans son mausolée de crânes et d’os humains, tente coûte que coûte de réveiller l’humanité de Samson, l’imposant infecté Alpha, à l’aide de mélanges médicamenteux.


L’incarnation de ces deux visions du monde se voit indéniablement aidée par les interprétations magistrales d’un Jack O’Connell définitivement irréprochable dans le registre horrifique (excellent vampire dans le Sinners de Ryan Coogler mais aussi en adolescent psychopathe dans l’affreux survival Eden Lake de James Watkins) et du duo Ralph Fiennes / Chi Lewis-Parry qui parviennent à insuffler une émotion dans des scènes que d’autres auraient sans doute rendues ridicules.


© Sony Pictures
© Sony Pictures

Là où 28 Years Later soufflait le chaud et le froid, basculant entre ruptures mal amenées et fulgurances, The Bone Temple semble embrasser avec aisance la tonalité et la mythologie de son univers. Moins osée que la proposition de Danny Boyle, avec ses bullet-times, ses visions infrarouges et son montage épileptique, la réalisation de Nia DaCosta s’avère plus classique que son aîné. Un faux défaut offrant un retour à une formule plus sèche, sadique et horrifique qui tire les avantages de sa narration ramassée sans oublier d’embrasser la folie de ses prédécesseurs.


En témoigne parfaitement un final littéralement dantesque au son des guitares tonitruantes de The Number of the beast d’Iron Maiden, destiné à devenir culte au sein des fans de la saga. “Howzat?” comme ne cesse de le répéter Jimmy Cristal. “Damn good” serions-nous tentés de lui répondre.

⬛SIMON LIONNET



Avec Ralph Fiennes, Jack O'Conell, Alfie Williams, Chi Lewis-Parry, Erin Kellyman. UK, USA, 110 minutes.






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