Sound of falling : Une fresque fascinante où s'entrelacent quatre destins funestes
- Julien Del Percio

- il y a 2 jours
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Poétique et funèbre, le puzzle Sound of Falling s’impose déjà comme l’une des expériences les plus fascinantes de l’année.

Dès les premières scènes, le film déroute et colporte un mystère impénétrable. Aux gloussements des petites filles, ravies d’une farce, se succèdent la raideur silencieuse de leur mère et les cris d’agonie de leur oncle. Dans cette demeure perdue au fin fond de l’Allemagne, des choses horribles se sont déroulées…ou bien vont-elles seulement survenir ? Entre passé, présent et futur, la réalisatrice Mascha Schilinski édifie un labyrinthe, articulé autour d’un même lieu, où les destin funestes de quatre générations de femmes s'entrelacent et se recoupent.
Il y a d’abord la jeune Alma, aux balbutiements du XXème siècle, qui trouve une vieille photographie et découvre qu’elle a été baptisée en l’honneur de sa sœur décédée, dont elle ignorait l’existence. Il y a ensuite Erika, fascinée par son oncle amputé, sur laquelle la menace de la Seconde Guerre mondiale flotte comme une épée de Damoclès. Il y a Angelika, dans les années 70, qui ne rêve que de liberté et d’émancipation, mais victime de la concupiscence de son oncle pervers. Enfin, il y a les petites Nelly et Lenka, qui tentent de vivre une vie paisible, mais semblent constamment pourchassés par les réminiscences des horreurs passées, jusqu’à les répéter.

Le récit ne paraîtra sûrement pas aussi limpide à la première vision. Même les voix-offs, parfois en décalage avec ce que l’on voit, n'offrent que des bribes d’indices. Mascha Schilinski se refuse à l’évidence d’un scénario bien ficelé et développe son propre langage cinématographique : Sound of Falling est donc une fresque sensorielle, défragmentée, subordonnée à une logique purement onirique. Ce n’est pas un hasard si la photographie - notamment post-mortem, une ancienne coutume - tient une place aussi privilégiée dans l’esthétique et la narration du film. L’image granuleuse, les imperfections sonores de la pellicule et les corps pétrifiés donnent à Sound of Falling des airs d’album photos désordonné, qu’il faut recomposer par nous-même.
À l’épicentre de ce ballet mortuaire, il y a évidemment la souffrance des femmes, violentées et négligées par les hommes et par l’Histoire, mais dont le mal-être paraît parfois plus insondable encore - comme le beau personnage de la mère d’Alma, muette et insaisissable. Il surgit néanmoins de Sound of Falling une poésie élégiaque, l’impression d’une solidarité supérieure qui relie toutes les femmes entre elles, par-delà les époques et les malheurs. ⬛JULIEN DEL PERCIO
Avec Hanna Heckt, Lena Urzendowsky, Laeni Geiseler. 154 minutes. Allemagne.



