Father Mother Sister Brother : Trois histoires familiales racontées par les silences
- Adrien Corbeel

- il y a 21 heures
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Les amateur·ices du cinéma de Jim Jarmusch le savent déjà : le réalisateur américain aime cultiver les silences, peaufinant l'art de l'absence de parole avec autant de soin qu'il compose ses dialogues. C'est encore plus vrai dans son dernier film, Father Mother Sister Brother, succession de trois récits où les omissions en disent plus long que les mots.

Dans son premier morceau, le ton est vite donné : une certaine tension plane entre Jeff (Adam Driver) et Emily (Mayim Bialik), en voiture pour rendre visite à leur père (Tom Waits). Une fois chez leur paternel, la situation empire, chacun peinant à trouver quoi que ce soit à se dire. Si ce premier segment joue parfois avec notre patience, étendant ces moments de gêne jusqu'à les rendre éprouvants, le second va encore plus loin avec ces deux sœurs (Cate Blanchett et Vicky Krieps), qui se rendent chez leur mère (Charlotte Rampling).
Les différences sont aussi importantes que les similitudes, Jarmusch modifiant légèrement les rôles dans le schéma familial, tout en s'amusant à répéter certains motifs. Les silences qui planent entre les trois femmes ont beau être tendus, ils n'expriment pas tout à fait la même chose.

Lorsqu'arrive le troisième segment, on craint une nouvelle répétition. Mais le long-métrage nous prend à revers, avec ce duo (Indya Moore et Luka Sabbat) qui revient dans la maison familiale, mais en tant qu'orphelin·es. Est-ce le deuil qui unit sœur et frère ? Toujours est-il que les silences qui habitent leurs interactions ne sont pas pénibles, mais complices et chaleureux. Une conclusion triste mais douce, qui apporte un peu de lumière à ce qui constitue un des films les plus âpres de Jarmusch. A.C.
Avec Cate Blanchett, Adam Driver, Indya Moore. Multinational, 110 minutes.



