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Chronology of water : le parcours choc d'une femme marquée par l'addiction

Le premier long-métrage de Kristen Stewart rappelle que le cinéma peut inventer son propre langage, sa grammaire intime. Celle de Chronology of Water est poétique, hypnotique, traversée de temporalités multiples et d’un vocabulaire aqueux. 


Chronology of water de Kristen Stewart
© O'Brother Distribution

Biographique, le film retrace le parcours de l’écrivaine américaine Lidia Yuknavitch, incarnée par Imogen Poots, à partir de ses mémoires. Une vie marquée par les violences intrafamiliales, la compétition sportive et l’addiction, tendue vers la reconquête du corps et la survie.

Dès l’ouverture, le dispositif s’impose : un récit construit selon la chronologie de sa protagoniste dont la voix off entre en dissonance avec les images. Une chronologie en cinq chapitres et un montage qui brouille les pistes temporelles, entre flashbacks, temps présent et ellipses pour mieux raconter les effets du traumatisme, au risque assumé de désorienter brièvement le spectateur.


© 2025 les films du losange
© 2025 les films du losange

Repère permanent, Imogen Poots illumine le film par une performance d’une grande amplitude émotionnelle. Elle compose un portrait complexe et fragmenté de Lidia Yuknavitch : adolescente maltraitée, athlète, artiste, amante, addicte, mère endeuillée, écrivaine à succès, survivante. A noter également le rôle majeur de Claudia, sœur aînée de Lidia, campée par l'actrice Thora Birch.


Chronology of Water est un film organique où chaque plan répond à plusieurs autres avec fluidité. Fil conducteur, l'eau y est déclinée sous toutes ses formes : mer, piscine, pluie, buée, sueur, salive, cyprine, larmes, sang, alcool. Un univers aquatique qui fait aussi écho à d'autres thématiques au rang desquelles la douleur, protagoniste déguisée du récit.

« Pain matters to me » : cette réplique comme un mantra – répétée, imagée et incarnée tout au long du film rappelle son propos, à savoir le contrôle vital de la souffrance pour survivre à l'inceste et à son silence.


La réappropriation - de la douleur, du plaisir, de la féminité, du corps - est au cœur du film. La mise en scène du corps de l'héroïne - en souffrance ou en jouissance, tendu ou serein - s'inscrit dans une démarche radicale contre la sexualisation genrée, rejetée par le personnage, son interprète et la réalisatrice. Réappropriation enfin de l'objet filmique, via une adaptation et un regard queer et féministe d'une œuvre et d'une vie qui le sont, elles aussi. Chronology of Water est un acte presque révolutionnaire sous la forme d'un pur objet de cinéma. L.B.



Avec Imogen Poots, Thora Birch, James Belushi. États-Unis, France, Lettonie, 133 minutes.



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