Critique : Close de Lukas Dhont

À ces amitiés déclarées coupables

© Kris Dewitte

Puiser l’universel dans le personnel. C’est dans cette démarche que s’inscrit Close, le second long-métrage de Lukas Dhont, récompensé du Prix du Jury au Festival de Cannes cette année. Après le succès de Girl en 2018, le réalisateur gantois continue de dessiner les contours de son cinéma en reprenant certaines thématiques fortes déjà explorées dans son précédent film. Il continue d’aborder la confrontation face au regard de l’autre, cette fois-ci à travers l’amitié de deux garçons de 13 ans, qui échappent aux apparats habituels de la masculinité.


Léo et Rémi semblent se connaître depuis toujours. Insouciants, ils traversent les champs de fleurs bordant leurs maisons, partagent leurs rêves, s’enlacent pour se soutenir et s’endorment l’un contre l’autre. Une relation fusionnelle qui attendrit leurs parents. L’été s’éteint et cette douceur rarement montrée dans les relations masculines se voit heurter au formatage et à l’homophobie latente qui règnent dans la cour de leur école, où les remarques tantôt maladroites, souvent blessantes et injurieuses, des autres élèves, fusent.


Lukas Dhont l’expliquait lorsqu’il remporta le Grand Prix au Festival de Cannes cette année: son second long-métrage est un film sur les amitiés perdues. Celles que l’on n’a pas la force ou le courage d’entretenir par pression du groupe au passage de l’enfance à l’adolescence. N’était-ce qu’une amitié fusionnelle ou la naissance de l’amour? Close n’y répondra pas, préférant préserver l’insouciance de ses deux personnages principaux, tous deux piégés par un environnement scolaire hétéronormé qui ne leur laisse pas la liberté de le découvrir. Léo se distancie de Rémi, se rapproche de ceux qui le jugeaient et s’inscrit dans un cours de hockey sur glace - un sport qu'il voit comme un moteur d'intégration et de résignation, annulant tout soupçon d'homosexualité que lui prêtaient ses camarades. Rémi de son côté, se renferme et leur proximité s’abîme jusqu’au point de non-retour.


© Lumière

En se posant le défi de retranscrire une facette fragile et encore peu observée des amitiés masculines, Lukas Dhont se devait de ne pas tomber dans le piège de la sur-démonstration. Heureusement, dès les premières minutes, le réalisateur opte pour une économie de dialogue pour décrire les émotions de Léo et Rémi. Puisqu’ils sont à un âge où les mots manquent parfois, il leur préfère les regards, le mouvement des corps et les silences parlants. Grâce à une direction d’acteur sans fausses notes, il offre à Eden Dambrine (Léo) et Gustav De Waele (Rémi), dont ce sont les premières prestations au cinéma, des rôles d’autants plus époustouflantes qu’elles transmettent l’étendue des tourments intérieurs de leurs personnages dans les cadres serrés de la caméra de Dhont. Renforcées par une mise en scène sobre, la fragilité, la peur du rejet et la culpabilité auront rarement paru aussi palpables.


Malgré une seconde moitié de récit, principalement axée autour du deuil de l’amitié des deux garçons, qui n’atteint pas la délicatesse de la première, Close parvient à conserver sa justesse à l’aide de la présence plus prononcée de figures parentales toujours bienveillantes, chères au réalisateur. Interprétées brillamment par Emilie Dequenne et Léa Drucker, les rôles des deux mères respectives possèdent la même fragilité et pudeur que celles du duo d'enfant. Une remarque qui s’applique également aux courtes apparitions de Kevin Janssens en père désemparé, dont une scène de repas qui laissera peu de personnes indemnes. Le réalisateur cède parfois à une utilisation appuyée de la musique et à des choix esthétiques un peu mielleux mais c’est avec une sincérité et une profondeur qui lui sont propres qu’il explore ici les troubles de l’adolescence. Le personnel devient universel, faisant de Close un véritable coup de/au cœur.


RÉALISÉ PAR : LUKAS DHONT

AVEC : EDEN DAMBRINE, GUSTAV DE WAELE, EMILIE DEQUENNE, LÉA DRUCKER ET KEVIN JANSSENS

PAYS : BELGIQUE / FRANCE / PAYS-BAS

DURÉE : 105 MINUTES

SORTIE : LE 2 NOVEMBRE