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Critique : Killers of the Flower Moon de Martin Scorsese

L’histoire sans fin de l’opportunisme américain

© Paramount Pictures

Il l’a fait ! Trente ans après This Boy’s Life, le mélodrame de Michael Caton-Jones sur l’abus mental et physique qu’un beau-père exerce sur un jeune adolescent, l’infatigable Martin Scorsese a enfin réuni Leonardo DiCaprio et Robert De Niro devant la caméra. Une nouvelle histoire d’abus mais d’un tout autre genre, retraçant le récit d’un pays sans cesse compromis par son culte de l’opportunisme capitaliste.


Adapté du livre La Note américaine du journaliste David Grann, le film nous plonge au début du vingtième siècle en territoire Osage. Une terre où la course au pétrole va follement enrichir son peuple amérindien, avant que celui-ci ne se fasse infiltrer puis laminer par des hommes blancs au nom de la divine prospection. Le plan est aussi simple que répugnant : accepter en surface le droit d’enrichissement des Osages, organiser des mariages avec leurs femmes pour accéder à la propriété, puis éliminer les pions trompés un à un (ou plutôt une à une) une fois la bague bien vissée. Aux manettes, l’insaisissable William Hale (De Niro), jouant la carte du paternalisme bienveillant avec une bonhomie masquant une avidité carnassière. Sur le terrain et devant l’autel, son neveu Ernest Burkhart (DiCaprio), marionnette consentante mais à deux doigts de prendre pitié pour ses victimes… s’il n’était pas constamment ressaisi par la sacro-sainte doctrine américaine sur la liberté de défendre son dû.


Sur papier, l’observation de la mise en place de ce système clandestin peut sembler un chouïa froide et analytique. D’autant plus que notre bon vieux Martin, habitué aux longues sagas criminelles, pousse ici le chronomètre à près de trois heures trente. Parmi ses films de fiction, seul The Irishman le dépasse de trois minutes au compteur. C’est à se demander si la collaboration de Scorsese avec des plateformes comme Netflix (The Irishman) ou Apple (Killers of the Flower Moon), qu’il justifie par l’incapacité des studios traditionnels à financer désormais des films à la hauteur de ses ambitions, n’est pas aussi motivée par son plaisir évident de jouer avec nos habitudes de spectateurs.


Le plaisir du divertissement et l’excitation cinéphile sont pourtant bien au rendez-vous, grâce entre autres aux fameuses séquences de montage scorsesiennes contant l’ascension étrangement entraînante d’un gang avant sa décadence. Les performances des deux titans comptent quant à elles parmi leurs meilleures. Dans un tour de magie paradoxal, DiCaprio nous convainc qu’Ernest détruit les vies humaines autour de lui bien consciemment, mais sans réelles mauvaises intentions. Et démontre une fois de plus que le thème de la lâcheté parcourt nombre de ses meilleurs rôles (Les Noces Rebelles, Arrête-moi si tu peux). De Niro a pour sa part rarement été aussi drôle, apportant un zeste cynique mais salvateur à l’horreur mise en scène. À leurs côtés, l’actrice amérindienne Lily Gladstone qui joue la matriarche à escroquer leur tient tête, dessinant un triangle d’acteurs solide et équilibré.


C’est pourtant le motif du cercle qui l’emporte, avec pour centre le territoire Osage, situé au Nord de l’Oklahoma, c’est-à-dire pile au milieu des États-Unis. Que ce soient les tambours traditionnels battant le rythme de la bande originale, ou l’impressionnante ronde finale dansée par le peuple souillé, les ronds parcourent l’écran. Dessinant un mouvement continu, ils nous suggèrent que l’histoire américaine de l’exploitation du plus faible s’adaptera toujours à l’air du temps, en accord avec l’idéologie mercantile et fondatrice du pays de la liberté. Sans grande conséquence pour les bourreaux et à chaque fois avec un peu plus d’avidité.


RÉALISÉ PAR : MARTIN SCORSESE

AVEC : LEONARDO DICAPRIO, ROBERT DE NIRO, LILY GLADSTONE, JESSE PLEMONS

PAYS : ÉTATS-UNIS

DURÉE : 206 MINUTES

SORTIE : LE 18 OCTOBRE

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