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Critique : Un an, une nuit, d'Isaki Lacuesta

Dernière mise à jour : 9 mai 2023

Rafales d'émotions

© Studiocanal

Une nuit : le temps suffisant à trois terroristes pour semer la terreur au sein du Bataclan le 13 novembre 2015. Un an : le temps nécessaire à Ramón et Céline pour se remettre de cet attentat. S’inspirant du livre Paz, Amor y Death Metal de Ramón González, écrivain espagnol lui-même survivant de l’attentat, Isaki Lacuesta se met au défi de raconter le processus de reconstruction psychologique du jeune couple. “Quand je dis que je veux qu’on redevienne nous-mêmes, je parle de nous deux ensemble”. S’ils ont vécu la même chose, leurs réactions diffèrent. Tandis qu’elle cherche à oublier, il cherche à comprendre. Pendant que leur esprit guérit, leur relation s’écorche.


Les souvenirs de Ramón rythment le film à grands coups de flashbacks. Bien qu’ils aient parfois tendance à faire perdre le fil de l’histoire et à frustrer, ces bonds dans le temps permettent de réaliser ce que ressent Ramón. Les scènes placides montrant les gestes du quotidien se voient sans cesse percutées par un cri ou une image de la terrible nuit. Qui se relève en premier et pousse l’autre à avancer ? Le montage alterné trouble la clairvoyance du spectateur.


Un an, une nuit, doit en partie sa puissance à ses lumières. De la chambre ensoleillée dans l’appartement parisien du couple, nous passons à la cage d’escalier sombre et moite dans laquelle s’entasse le public fuyant les balles. Flou artistique, bokeh coloré et ombres dessinées permettent d’aborder des éléments difficiles en hors-champs. Lacuesta filme le couple avec douceur et intimité, invitant le spectateur à partager de moments précieux. La musique, précisant l’intention de jeu de Noémie Merlant et Nahuel Pérez Biscayart, porte à leur paroxysme les émotions transmises par les images.


Si les docu-fictions d’Isaki Lacuesta reçoivent un accueil plutôt chaleureux en Espagne, ils passent, malheureusement, souvent inaperçus chez nous. Toujours est-il qu’on se souviendra d’Un an, une nuit comme une ode à la vie qui, comme le montrent finalement si bien Ramón et Céline dans le soubresaut qu’est leur dernière scène, vaut la peine d’être vécue.



RÉALISÉ PAR : ISAKI LACUESTA

AVEC : NOÉMIE MERLANT, NAHUEL PÉREZ BISCAYART, QUIM GUTIÉRREZ, ALBA GUILERA, HYAM ZAYTOUN

PAYS : ESPAGNE / FRANCE

DURÉE : 120 MINUTES

SORTIE : 3 MAI


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