Juste une illusion : La comédie (ir)résistible des réalisateurs d’Intouchables
- Adrien Corbeel
- il y a 1 jour
- 3 min de lecture
Le duo français proposent une comédie qui respire la joie, toujours fidèle à leur formule qui malgré tout s'essouffle.
Il est difficile de résister au cinéma d’Olivier Nakache et Éric Toledano. C’est la grande marque de leur cinéma qui, de Nos Jours Heureux au Sens de la fête en passant évidemment par Intouchables, a le chic pour réunir les publics. Le duo de réalisateurs français a cette capacité déconcertante à provoquer la joie et le rire des spectateur·ices, parfois à nos corps défendant : d’abord en nous arrachant un sourire, puis finalement en nous emportant dans une bonne humeur contagieuse.
Leur dernière production en date n’y fait pas exception : chronique familiale dans la France de 1985, Juste une illusion nous raconte une histoire de coming-of-age somme toute assez classique. Son personnage principal est amoureux d’une camarade plus populaire que lui, tout en subissant une vie de famille pas tout à fait sereine, entre un père chômeur complètement à côté de ses pompes, une mère qui tient la barque, et un grand frère qui n’est pas tendre avec lui. S’inspirant de leur propre jeunesse, les cinéastes s’amusent évidemment avec l’époque, entre les émissions télé, les tubes, les coupes vestimentaires, etc.

Doté d’une moustache carabinée, Louis Garrel joue le rôle du patriarche de façon fort peu convaincante : la capillarité n’aide pas, mais ce n’est pas le seul problème. Il y quelque chose qui ne colle pas entre ce personnage de père maladroit et la présence de Garrel. Camille Cottin est beaucoup plus à l’aise dans son rôle, mais est quelque peu limitée par son personnage : une femme forte, qui s’émancipe mais reste un peu au second plan de l’intrigue.
Tout ce petit monde, y compris leur concierge bourru incarné par Pierre Lottin, va évidemment au fil de l’intrigue se diriger dans le même sens, accomplissant le grand cheval de bataille de Nakache/Toledano : le vivre ensemble. C’est l’ingrédient magique de leurs films, où les différences sociales, culturelles et politiques finissent par être transcendées dans une joyeuse célébration (ici les préparatifs d’une bar-mitzvah). C’est peut-être la raison pour laquelle le duo rythme ses films avec des chansons anglophones plutôt que francophones : elles convoquent une culture dans laquelle beaucoup de gens peuvent se reconnaître quelque soit leur origine.

La recette Toledano/Nakache ne fonctionne pas toujours, comme on a pu le voir avec Une année difficile, qui avait suscité à sa sortie en 2023 peu d’enthousiasme auprès du public et encore moins auprès de la critique. Il faut dire que le côté réac du duo y ressortait vivement, dans un film souvent gênant, avec ses blagues “gentiment” misogynes et anti-écologie.
Juste une illusion n’est heureusement pas tout à fait de ce bois-là, même si on retrouve un schéma narratif similaire : le mensonge comme élément nécessaire à la séduction. Ici c’est au travers de son jeune héros que cette intrigue visiblement chère aux cinéastes réapparaît. Est-on censé trouver mignonnes ses supercheries pour gagner le cœur de la fille la plus populaire de son école ? Il semblerait que oui.

Si on se laisse emporter “malgré tout”, c’est à la fois parce que Nakache et Toledano sont extrêmement talentueux, mais aussi parce qu’ils sont prêts à faire abstraction de la cohérence de leurs personnages pour arriver à leurs fins. Ici l’idéal d’une famille qui s’unit est atteint en abandonnant certains de leurs traits de caractères, donnant lieu à une fin presque incohérente en regard de ce qui précédait. In fine, les cinéastes parviennent à créer l’euphorie, mais c’est une joie de courte durée : juste une illusion en somme.
Avec Louis Garrel, Camille Cottin, Pierre Lottin. 119 minutes. Français.
