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Le Nova : le cinéma comme résistance


En astronomie, on appelle “nova” une étoile qui, brusquement, se met à briller intensément. C’est de là que tient son appellation le cinéma qui, en 1997, a allumé pour la première fois ses lumières dans le ciel bruxellois. Un projet qui à l’époque était destiné à être éphémère, et qui dure pourtant depuis 25 ans. Sa façade en pierre, construite à la fin du 19ème siècle, est dressée au numéro 3 de la rue d’Arenberg, à quelques pas de la Place de Brouckère. Passé le vestibule avec la caisse et la porte vitrée, un couloir mène vers la salle de projection de 200 places environ, avec son esthétique « brute » et intentionnellement dépouillée. Avant l’entrée de la salle, à gauche en descendant les escaliers, on trouve le bar, ainsi que la boutique… et les WC (qui étaient des loges à l’époque où le lieu faisait office de théâtre, au siècle dernier).


Éclectique, hors des sentiers battus, alternative, pointue : autant d’adjectifs qu’on pourrait utiliser pour qualifier la programmation du Nova. Le fait est que celle-ci ne suit pas les traditionnelles sorties du mercredi, portée par une volonté d’échapper aux circuits commerciaux traditionnels. On va au Nova pour découvrir des films indépendants, anciens ou récents, issus des quatre coins du globe et regroupés par cycles thématiques mensuels aux prises avec des sujets d’actualité. Plusieurs festivals y prennent chaque année leurs quartiers, comme le Pink Screens et ses découvertes LGBTQIA+, le Filem’On dédié au jeune public, ou encore le Brussels Porn Festival, pour adultes avertis… Et, sous certaines conditions, on peut même y projeter ses propres créations, lors des soirées “Open Screen”, un événement gratuit et désormais culte, qui fait partie intégrante du Nova depuis sa création. 


Mais le Nova, ce n’est pas « que » du cinéma : cultivant la multidisciplinarité dans le rapport à l’image, le lieu établit des ponts avec d’autres formes de création, en organisant des ateliers, conférences, rencontres ou débats dans le cadre de diverses projections. Les musiciens sont régulièrement invités à accompagner de leurs instruments certains films muets. La « Microboutiek » quant à elle permet aux visiteurs du lieu de s’approvisionner et d’alimenter un stock éclectique d’objets liés au ciné, comme des affiches collectors ou des rares éditions de DVD.  


Les valeurs du Nova, telles qu’exprimées dans leur manifeste, revendiquent ouvertement cette indépendance par rapport à l’aspect commercial et aux impératifs de rentabilité. Ce qui est rendu possible notamment par le soutien structurel de subsides, les dons ponctuels, et une équipe majoritairement bénévole par choix. Ces valeurs se manifestent aussi par des prises de position qui vont au-delà de sa programmation. En 2018, après que des lieux culturels aient été victimes de répression policière et d’arrestations de personnes sans-papiers, le Nova affichait sur sa façade une banderole en solidarité. En 2021, dans le chaos des (dé)confinements et du maintien des cinémas fermés, le lieu a participé activement au mouvement Still Standing for Culture, que ce soit par l’envoi de communiqués ou en se transformant, le temps d’un week-end, en musée. En octobre dernier, des projections en soutien à la Palestine ont été organisées. Tout cela contribue à positionner le Nova comme lieu de contre-culture avec un ancrage local, et à la réputation internationale.


En mai 2024, la structure fait face à un nouveau défi, et de taille : la fin de son bail. Pour échapper à une augmentation astronomique du loyer qui menacerait la continuité du projet, Supernova Coop est née : un projet collectif, dans la même logique de résistance au marché capitaliste, auquel n’importe qui peut contribuer en achetant une (ou plusieurs) parts. Un appel auquel ont déjà répondu en masse les amoureux de cet endroit unique dans le paysage cinématographique bruxellois. Objectif visé : 794 000 euros, pour obtenir le droit de propriété du lieu… jusqu’en 2092 ! 


Plus d’infos : https://www.supernova.coop/

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