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Notre décryptage de la Compétition et du palmarès de la 79e édition du Festival de Cannes

Dernière mise à jour : il y a 16 heures

Notre Salut.
Notre Salut © Festival de Cannes

Après neuf jours de Compétition, samedi soir, le jury présidé par Park Chan-wook a dévoilé le palmarès de cette 79e édition du Festival de Cannes. Parmi les vingt-deux titres en lice pour la Palme d’or, des grandes tendances, en miroir de l’état actuel du monde et de la création, ont traversé les longs-métrages présentés. Les dilemmes moraux, éthiques et intimes dans des films historiques habitaient toutes les sélections cannoises, avec, en Compétition, un penchant très marqué pour les événements entourant la Seconde Guerre mondiale ; comme en témoignent Moulin de László Nemes, Fatherland de Paweł Pawlikowski — qui suit, en 1949, le retour de Thomas Mann dans l’Allemagne fracturée idéologiquement, et Notre Salut d’Emmanuel Marre — le favori de la presse et des festivaliers, récipiendaire du prix du Scénario — sur les traces d’un fonctionnaire collabo à Vichy.


La Bola Negra.
La Bola Negra © Festival de Cannes

Cet angle du passé pour réfléchir l’Histoire et l’héritage d’un pays est aussi au cœur de la fresque ultra-romanesque de La Bola negra de Javier Calvo et Javier Ambrossi — qui partagent le prix de la Mise en Scène avec Paweł Pawlikowski dans un palmarès du compromis aux nombreux ex-æquo. Enfin, Coward de Lukas Dhont a choisi le prisme de l’art pour établir sa romance gay dans les tranchées de 14-18. Ses deux jeunes acteurs principaux, Emmanuel Macchia et Valentin Campagne, ont reçu le prix d’Interprétation Masculine.


Fjord.
Fjord © Festival de Cannes

Le Mal, sous différentes formes, qui contamine les êtres avec un constat d’échec de la notion de famille protectrice pour les enfants, planait également sur Gentle Monster de Marie Kreutzer, Histoires de la nuit de Léa Mysius, et, en creux, dans le Minotaure du réalisateur russe exilé Andreï Zviaguintsev, lauréat du Grand Prix pour son remake de La Femme infidèle de  Claude Chabrol, ici sur fond de bourgeoisie qui envoie le prolétariat à la guerre (toujours elle !) en Ukraine. Finalement, c’est la Palme d’or décernée à Fjord de Cristian Mungiu, rejoignant ainsi le club sélect des dix cinéastes doublement palmés, qui incarne le mieux cette jeunesse abîmée en dommage collatéral des violences et des extrémismes. Que la mécanique implacable de Mungiu flirte politiquement avec le statu quo et l’impasse n’élude pas l’horreur, insidieuse et souvent hors champ, d’adultes et d’instances incapables de protéger les enfants.


The Beloved.
The Beloved © Festival de Cannes

La fiction qui s’invite dans le réel a, quant à elle, traduit l’essoufflement d’auteurs installés avec les mal aimés Histoires parallèles d’Asghar Farhadi, Amarga Navidad de Pedro Almodóvar et El ser querido de Rodrigo Sorogoyen. Aux abonnés absents du palmarès, la malédiction cannoise continue pour James Gray qui est encore reparti bredouille avec son Paper Tiger, élégamment mis en scène bien quoique mineur dans sa filmographie. Hope du Sud-coréen Na Hong-jin, sans doute trop éloigné de la conception du sérieux dans laquelle le jury s’est complait, n’a pas réussi à s’imposer face à l’hégémonie de la production européenne. De même, parmi les réalisatrices, déjà timidement représentées en Compétition, seule L'Aventure rêvée de Valeska Grisebach a obtenu la reconnaissance du prix du Jury. 


Soudain.
Soudain © Festival de Cannes

Pourtant, ce que l’on retiendra essentiellement, ce sont des œuvres, certes imparfaites, mais qui ont offert un espace et un temps à des protagonistes féminines pour se trouver, échanger et s’aimer — à l’infini — afin d’échapper ensemble aux injonctions, aux aléas du quotidien et au mal être existentiel. Nagi Notes de Kōji Fukada, La Vie d’une femme de Charline Bourgeois-Tacquet, Garance de Jeanne Herry, et surtout, le sublime Soudain de Ryūsuke Hamaguchi — qui a valu, telle une évidence, le prix commun d’Interprétation Féminine à Virginie Efira (dans le rôle de sa vie) et Tao Okamoto, toutes les deux en état de grâce —, ont répondu à la tentation du désespoir par la rencontre entre deux femmes.


Notre Palme du cœur, comme on dit à Cannes, était pour Soudain, et la beauté de son art des regards, des gestes et des flux de la parole qui montrent la voie de solutions, aussi utopiques soit-elles, pour se sauver par le biais de l’Autre — pour paraphraser Virginie Efira en conférence de presse. À ce titre, les actrices francophones — Virginie Efira donc, Adèle Exarchopoulos, Léa Drucker et Léa Seydoux pour n’en citer qu’une poignée — ont illuminé les écrans de la Croisette par leur talent et leurs émotions, et c’est déjà une raison valable de se réjouir !


L'Inconnue.
L'Inconnue © Festival de Cannes

Le Palmarès complet

Palme d’or : Fjord

Grand Prix : Minotaur

Prix du jury : L’Aventure rêvée

Prix d’interprétation féminine : Virginie Efira et Tao Okamoto pour Soudain

Prix d’interprétation masculine : Valentin Campagne et Emmanuel Macchia pour Coward

Prix de la mise en scène : ex-aequo Fatherland et La Bola Negra

Prix du scénario : Notre Salut


Pour (re)découvrir toutes nos articles consacrées à la 79e Edition du Festival de Cannes, rendez-vous sur surimpressions.be/cannes-2026.

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