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Cannes : Paper Tiger, une fresque mafieuse en clair-obscur

James Gray (La Nuit nous appartient, Ad Astra) revient au film de mafieux avec Paper Tiger, l’un des gros morceaux de la compétition cannoise porté par Adam Driver, Miles Teller et Scarlett Johansson.


Adam Driver dans Paper Tiger.
Paper Tiger © Neon

Trois excellentes scènes se distinguent de Paper Tiger, le nouveau film de James Gray. Dans la première, une voiture abritant deux enfants est assiégée par des hommes, que la buée sur les vitres apparente à des formes abstraites et inquiétantes. Dans la seconde, un père de famille se réveille en sursaut au beau milieu de la nuit et, armé d'un fusil, traque les intrus dans sa maison. Dans l'escalier qui le sépare des assaillants, l'ombre de son fusil tutoie celles des envahisseurs qui enténèbrent les murs de la demeure. Dans la dernière, un homme se faufile arme à la main dans un champ de maïs, guidé par le son de ses ennemis, que masque le passage intermittent des avions de ligne.


Le retour du cinéaste américain au thriller mafieux, genre qui a fait ses plus grandes heures, pourrait lui valoir d'être taxé de frilosité. Or, s'il en reprend les décors (le Queens, Brighton Beach), le milieu (l'immigration russe) et certains motifs tel que la fraternité, il y aborde un thème généralement associé au cinéma horrifique, qui lui permet ici de déployer des trésors de mise en scène : la contamination du quotidien par un mal invisible. Irwin Pearl (Miles Teller), honnête ingénieur, se voit proposer par son frère Gary (Adam Driver), ancien flic devenu entrepreneur, de monter un bureau d'étude pour superviser le chantier d'assainissement d'un canal. Problème : le terrain est chasse gardée de la pègre russe qui semble s'en servir pour déverser des déchets toxiques. 


Une pollution qui trouve son équivalent symbolique dans le pacte faustien que propose Gary à son frère et qui va, peu à peu, infecter le foyer familial. Un raccord dans le mouvement, reliant la voiture accidentée d'Hester Pearl, l'épouse d'Irwin, et les eaux frelatées du canal, marque ce franchissement irréversible vers la catastrophe. Passé ce cap, la mécanique tragique s'enclenche et les personnages se révèlent prisonniers d'un destin duquel ils tentent de se débattre, en vain. Paper Tiger est ainsi un film traversé par une tension asphyxiante, qui s'incarne à l'image dans le subtil travail de la lumière. James Gray retrouve avec ce film son chef opérateur Joaquín Baca-Asay, déjà derrière la caméra pour La nuit nous appartient et Two Lovers, et, ensemble, les collaborateurs élaborent une lumière en clair-obscur fragile, qui menace toujours de s'éteindre et d'avaler ses personnages dans une nuit éternelle.


Avec Adam Driver, Scarlett Johansson, Miles Teller. États-Unis/Brésil/Italie, 115 minutes.

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