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Cannes : The Beloved, Javier Bardem dans le rôle d'un cinéaste tyrannique



Tuer le père, la belle affaire ! Après son inspection presque clinique d’un couple hétérosexuel en crise dans la série Los años nuevos, le cinéaste espagnol Rodrigo Sorogoyen revient au grand écran pour un duel père-fille à armes inégales. À notre droite, le paternel joué par Javier Bardem. Un cinéaste de légende, célébré pour ses éclats de colère et de génie, et de retour en Espagne pour y tourner son nouveau chef-d’œuvre. À notre gauche, sa fille illégitime jouée par Victoria Luengo. Une actrice en galère, faisant le choix de ranger sa rancœur quand son père absent lui propose un rôle, un vrai, du genre à faire décoller sa carrière. 


Certes, on se croirait en plein pitch de Sentimental Value. En particulier durant la scène de déjeuner servant d’introduction au film, au cours de laquelle le duo se jauge après des années de silence. Une scène évoquant aussi le point de départ tonitruant de Madre, qui affichait déjà le goût de Sorogoyen pour la poudre aux yeux. Mais là où ces deux films cherchaient à rapprocher leurs personnages centraux, The Beloved va s’attacher à démêler le parent de l’enfant


Javier Bardem et Victoria Luengo dans The Beloved.
The Beloved © Cherry Pickers

C’est sans doute l’atout majeur du film, tablant sur notre anticipation émotionnelle d’un rapprochement. Car à mesure que le tournage du film dans le film avance, le mirage d’un drame feel-good se dessine. Le cinéaste irascible se serait-il assagi au point de transmettre son pouvoir, acquis dans la douleur de la création, à sa fille en quête de validation ?


C’est quand surgit l’espoir d’une accolade, suggérée par le titre, que Sorogoyen tue le père. Symboliquement du moins, à travers une séquence de tournage répétée ad nauseam, comme si Stanley Kubrick ou David Fincher prêtaient leurs procédés obsessionnels de direction au héros du film.


Javier Bardem et Victoria Luengo dans The Beloved.
The Beloved © Cherry Pickers

Là où le bât blesse, c’est dans la forme, volontairement multiple et erratique. L’image change plusieurs fois de format dans la même scène, puis troque la couleur pour le noir et blanc, avant que le son ne soit manipulé pour isoler notre attention. La réflexion sur la variété des ressentis dans une même situation, et sur la quête nécessairement chimérique de vérité artistique par les auteurs en roue libre, est appréciable mais surtout poussive et distrayante. D'autant plus dans le contexte d'une sélection officielle à Cannes, où le motif de mise en abyme dans la création frôle le lieu commun.


Avec Javier Bardem, Victoria Luengo, Raúl Arévalo. Espagne/France, 135 minutes.

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