Cannes : Sanguine, un body-horror sanglant sur le burn-out
- Anaïs Bordages
- il y a 1 heure
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Fortement influencé par Titane et The Substance, le premier long métrage de Marion Le Coroller s’attaque à l’épuisement professionnel de la jeune génération.

Margot (Mara Taquin) est une jeune étudiante en médecine, interne à l’hôpital… Charles Boyau. Subtil ? Pas vraiment, mais la finesse n’est certainement pas l’objectif du palpitant Sanguine, au croisement entre satire sociale et body horror. Présenté en séance de minuit au festival de Cannes 2026, le premier long métrage de Marion Le Corroller met (presque littéralement) les pieds dans le plat dès sa séquence d’ouverture jouissivement gore : un employé modèle d’une chaîne de fast food tue l’un ses clients, avant de s’éclater le crâne à répétition sur le comptoir.
Il ne s’agit pas d’un cas isolé : un mystérieux nouveau virus semble se répandre parmi les jeunes salariés, poussés à bout par un marché du travail anxiogène, harcelés par leurs supérieurs et noyés dans les objectifs de rendement. Qu’ils soient serveurs, courtiers ou journalistes pigistes, tous ceux qui subissent une pression professionnelle intenable sont touchés. Tout comme notre héroïne, dont les pores commencent à mystérieusement excréter du sang alors qu’elle est tyrannisée par une affreuse cheffe de service, incarnée par Karin Viard.

Croûtes boursouflées, liquide noir, chair déchirée et mues visqueuses… Des décors rouge sang à l’abus de grand angle en passant par les beats électro composés par Rob, esthétiquement, Sanguine peine à sortir de l’ombre de ses illustres prédécesseurs cannois ; Titane, et surtout The Substance. Pas surprenant, quand on sait que ce dernier faisait appel aux talents du même maquilleur, Pierre-Olivier Persin. Mais chez Coralie Fargeat et Julia Ducournau, le body horror était vecteur d’une réflexion sur le genre et les violences sexistes. Tandis que le film de Marion Le Corroller, lui, s’attelle à une notion un peu moins explorée dans le cinéma d’horreur récent : celle du burnout, qui semble être devenu le mode par défaut des millennials et des Gen Z. C’est dans sa satire mordante de ce mal du siècle que le film trouve véritablement sa voix, et malgré une perte de vitesse narrative dans son dernier tiers, Sanguine s’achève sur une conclusion aussi savoureuse que réussie.
Avec Mara Taquin,Karin Viard. 99 minutes. France.


