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Cannes : Du Fioul dans les artères, une histoire d'amour désarmante parmi les poids-lourds

Alexis Manenti dans Du Fioul dans les artères.
Du Fioul dans les artères © Pyramide Films

Etienne (Alexis Manenti) est routier, comme son père avant lui. C’est un homme discret, taciturne, et contenu – y compris la nuit, quand il traîne dans les bois derrière les aires d’autoroute, à la recherche d’un corps masculin à sentir près du sien. C’est là qu’il rencontre Bartosz (Julian Świeżewski), un chauffeur polonais bavard et dégingandé - tout son contraire. Après le coup d’un soir arrive l’envie de se revoir. La passion naît, mais les horaires sont compliqués. Leur romance tiendra-t-elle la distance ?  


Avec sa mise en scène naturaliste, son milieu populaire, ses seconds rôles gouailleurs et ses paysages périurbains, Du fioul dans les artères aurait pu être un premier film français ou belge comme on en a vu beaucoup. On pense d’ailleurs à Dalva, La Danse des renards ou La Pampa, et on se surprend à deviner le moment où le titre du film apparaîtra, ou quel sera le dernier plan. Mais deux camionneurs enlacés, c’est une image de cinéma qui manquait. C’est son sujet, et la douceur du regard de Pierre Le Gall (scénariste des Belles Cicatrices) sur ses personnages, qui fait la différence. C’est aussi son humour inattendu, qui surgit au détour d’une discussion sérieuse. Ou encore les décisions impulsives d’Etienne – comme celle où il traverse l’autoroute, éclat d’audace spontané d’un cœur qui s’emballe – qui provoquent la surprise, la tendresse ou l’hilarité.


Alexis Manenti et Julian Świezewski dans Du Fioul dans les artères.
Du Fioul dans les artères © Pyramide Films

Si l’arène où se joue l’intrigue n’a définitivement rien d’esthétique, on salue l’ambition de Le Gall de faire au mieux pour sublimer le béton, les zonings industriels et les restoroutes où ses personnages évoluent, notamment en filmant aux premières ou aux dernières heures de la nuit.


En filigrane, le film raconte aussi le quotidien de celles et ceux qui livrent nos marchandises et colis. Une vie solitaire et épuisante, faite de malbouffe, d’horaires chaotiques et de mauvais sommeil, que certains ont pourtant du mal à lâcher (comme Claude le retraité qui reprend un mi-temps). Porté par un Alexis Manenti fort de la même tranquillité froide et douce que son rôle dans Le Ravissement, Du fioul raconte avec une candeur désarmante l’amour qui surgit quand on s’est résigné.


Avec Alexis Manenti, Julian Świezewski, Armindo Alves De Sa. France, 90 minutes.


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