Cannes : La Gradiva, la fresque somptueuse de l'adolescence de Marine Atlan
- Anaïs Bordages
- il y a 5 heures
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Avec sa première réalisation, la directrice de la photographie française Marine Atlan nous plonge dans un voyage de classe de terminale de plus en plus dramatique. Un tour de force aussi envoûtant que percutant.

L’adolescence est une expérience si horrible et traumatisante qu’elle a inspiré une quantité innombrable de films d’horreur. Mais il est peut-être encore plus difficile de la capturer par un biais réaliste, dans toute sa complexité, son ambivalence et son infinie fragilité. C’est ce que parvient à faire l’époustouflant La Gradiva, sélectionné à la Semaine de la critique lors du festival de Cannes 2026.
Le film suit un groupe d’élèves de terminale, en classe verte à Pompéi. Un lieu chargé de pathos, marqué par des catastrophes dévastatrices… Bref, parfaitement approprié pour les ados de La Gradiva, qui endurent leurs propres cataclysmes intimes, entre les premières amours, la peur de l’échec scolaire, la quête d’identité ou encore le spectre de Parcoursup.

Pour son premier long-métrage en tant que réalisatrice, la directrice de la photographie Marine Atlan livre un récit d’une grande maîtrise, aussi somptueux esthétiquement (elle co-signe l’image avec Pierre Mazoyer) que troublant émotionnellement. On s’attache tout de suite à Tony, le mariole de service qui cache une grande vulnérabilité, ou encore Suzanne, la bonne élève timide. Sans oublier la prof (Antonia Buresi, toujours impeccable), passionnée mais si faillible. La Gradiva rejette ainsi tout manichéisme chez ses personnages, et déjoue admirablement les clichés sur les mean girls, les enseignants sacrificiels ou les tombeurs du lycée.

Il s’agit aussi d’une histoire sur les histoires : celles qu’on se raconte, à soi ou aux autres, qu’il s’agisse des récits de volcans en éruption ou des anecdotes savamment travaillées pour impressionner ses camarades de classe. La Gradiva dépeint l’adolescence non pas comme une période de bouleversements, mais de calcification : dans ce groupe de jeunes élèves en construction, ce sont toutes les dynamiques économiques et politiques de la société qui commencent déjà à se dessiner. Un tour de force qu’on n’est pas prêt d’oublier.
Avec Colas Quignard, Suzanne Gerin, Mitia Capellier. France/Italie, 145 minutes.



