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Cannes : La Vie d’une femme, Léa Drucker en état de grâce

15 mai
2 min de lecture

Dernière mise à jour : 2 sept.

Pour son deuxième long-métrage, La Vie d'une femme, présenté en Compétition officielle, la réalisatrice des Amours d'Anaïs dresse le portrait d'une cinquantenaire en mouvement perpétuel. Le récit, découpé en onze chapitres, invite à assembler les volets intimes et professionnels, en miroir du métier de chirurgienne spécialisée dans la reconstruction faciale de sa protagoniste, brillamment interprétée par Léa Drucker. 


Léa Drucker dans La Vie d'une femme.
La Vie d'une femme © O'Brother

Gabrielle (Léa Drucker) est une spécialiste maxillofaciale et cheffe dévouée d'un service hospitalier qu'elle se démène pour faire tourner au prix de tous les sacrifices. Sa vie personnelle n'est pas plus reposante : les enfants adultes, forcément bruyants, de son mari (Charles Berling) peinent à prendre leur envol, elle soutient les études de médecine de son neveu, et elle accompagne sa mère (Marie-Christine Barrault) atteinte de la maladie d’Alzheimer. L'irruption dans ce quotidien bien rodé mais épuisant de Frida (Mélanie Thierry), une écrivaine qui la suit pour un projet de livre, ouvre une brèche dans le rythme effréné de rationalité de Gabrielle.


Léa Drucker et Mélanie Thierry dans La Vie d'une femme.
La Vie d'une femme © O'Brother

La réalisation de Charline Bourgeois-Tacquet se fond dans une dichotomie entre la charge mentale et le mouvement perpétuel qui lui est associé, et les moments, plus posés et épisodiques, de liberté en compagnie de Frida. En outre, la photographie de Noé Bach navigue à travers les affres bleutées du stress routinier et les parenthèses solaires d'évasions sensuelles dans lesquelles l'on retrouve le sens du plan serré érotique et du détail érotique de la cinéaste.


Léa Drucker dans La Vie d'une femme.
La Vie d'une femme © O'Brother

En refusant certaines assignations (à la maternité, au déterminisme de genre) autant que le mythe de la force insubmersible d'une RoboCop (un autre être recomposé) de l'hôpital public, Gabrielle affirme son identité dans l'addition d'éléments contraires et de béances ; qui se cristallisent dans les ellipses du montage de Clément Pinteaux. Si les saillies, souvent drôles et qui tapent dans le mille, de Gabrielle rendent le film dynamique grâce au jeu de Léa Drucker, il n'est pas interdit de regretter le manque de tenue du scénario. Ainsi, le personnage de Frida, touchante dans sa persévérance, peine à exister en dehors de quelques moments de cinéma enlevés comme le premier rendez-vous immergé dans un spectacle vivant et la parenthèse à la montagne. En fin de compte, la prestation sans fausse note de Léa Drucker, qui donne toute sa vivacité au texte et magnifie chaque silence, compense à peine une fin si conventionnelle qu'elle en devient morne.



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