Cannes : Cœur secret, un documentaire bouleversant sur une transition de genre tardive
- Anaïs Bordages
- il y a 9 heures
- 2 min de lecture
Dans ce documentaire présenté à Cannes 2026 dans la section de l'ACID, Tom Fontenille documente la transition de son père, Lilou.

Quand on rencontre Lilou, il s’agit encore d’un homme grognon, qui nous explique froidement face caméra qu’il « ne ressent pas les émotions ». « Et quand tu te travestis ? », lui demande son fils. « Ça, c’est du plaisir », nuance Lilou.
Après avoir perdu sa mère, le jeune cinéaste Tom Fontenille commence à filmer son père, qui pratique occasionnellement le cross-dressing. Mais progressivement, le jeune homme va en fait documenter la transition de Lilou, et l’épanouissement occasionné par sa « féminisation ». Le résultat, c’est Cœur secret, bouleversant documentaire présenté à l’ACID lors du festival de Cannes 2026.
Si la pop culture s’est déjà emparée de la transidentité à un âge avancé, avec la série Transparent, Cœur secret offre à son tour un document précieux sur ce processus délicat. Accompagné par une superbe musique de Camille Delafon, le long métrage souligne toutes les ramifications infimes d’un changement de vie tardif, pour les principaux concernés comme pour leurs proches. Le jeune réalisateur s’empare de ce sujet intime avec beaucoup de courage, et n’hésite pas à montrer des scènes de disputes très dures entre son père et sa sœur, qui a du mal à accepter tous les changements au sein de sa famille. Car en parallèle, Tom Fontenille raconte aussi la douleur familiale survenue suite à la mort de sa mère. Et vient donc souligner subtilement le fait que la transition est, aussi une affaire de deuil.
Pour devenir qui elle est, Lilou doit progressivement laisser tomber ses barrières, et se délester de son ancienne apparence physique, son ancien prénom, ses anciens vêtements… ou encore ses idées préconçues sur le genre (elle qui est plus à l’aise pour bricoler lorsqu’elle est « en homme », mais préfère jardiner lorsqu’elle est « féminisée »). « Il faut faire le deuil de ma masculinité », affirme-t-elle ainsi à ses enfants dans une scène poignante. «Il faut que moi je le fasse, mais vous aussi. » Et il suffit de voir le sourire de plus en plus radieux de Lilou, à chaque nouvelle étape de sa transformation, pour réduire en cendres toute rhétorique transphobe.
Avec Lilou. France, 98 minutes.



