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Critique de Maria

Dernière mise à jour : 22 juin

La femme devant l'actrice

© Distri7

En 1972, Maria Schneider fait la rencontre de Bernardo Bertolucci. À seulement 19 ans, alors qu’elle enchaîne des rôles mineurs, elle se voit offrir le rôle du personnage féminin (Jeanne) aux côtés de Marlon Brando (Paul), star adulée et de presque 30 ans son aîné. Le Dernier Tango à Paris, c’est l’histoire de deux inconnu·es qui commencent une aventure sans rien savoir l’un de l’autre. Un début qui s’annonce excitant mais qui devient vite repoussant lorsque les scènes érotiques se transforment en agressions sexuelles à l’écran comme au plateau. 


Maria avait lu le script, elle avait pris connaissance de la scène du viol mais Bertolucci qui aimait tourner en improvisant n’a pas concerté Maria sur ses choix de mise en scène sous prétexte qu’il ne voulait pas qu’elle joue pour capturer une émotion tremblante de sincérité. Les deux hommes sont des escrocs mais les larmes de Maria sont authentiques. 

 

Dans ce biopic consacré à Maria Schneider, la réalisatrice Jessica Palud rétablit un ressenti occulté en mettant en scène la vie, le hors-champ de la femme derrière l'actrice. Elle le construit à partir de son regard démuni pour retourner les armes des puissants contre eux-mêmes. La cinéaste filme son visage à de multiples reprises en gros plan pour l’isoler et ainsi nous confronter seul·e, en tant que spectateur.ice, à la violence de son contrechamp quotidien. Nous sommes progressivement brutalisé·es par les regards complaisants ou indignés qu’elle doit supporter à longueur de journée, nous devenons la bête traquée qu’elle a été. La sensibilité filmique de la cinéaste crée une incursion dans son corps disloqué, notre chair s’étend pour l’envelopper, elle parvient à nous faire devenir un peu Maria. Anamaria Vartolomei, dans le rôle-titre, dont la prestance était déjà magnétique dans L’Événement (2021), crève l’écran. 


© Distri7

Dès le début, Jessica Palud ne lésine pas sur les scènes montrant des rapports de domination afin de les déconstruire progressivement. Elle développe le rapport de complicité qui s’est noué entre Maria et Marlon (Matt Dillon) pour que soit d’autant plus prégnante, l’ampleur de la trahison de son partenaire à l’écran. Après cette scène, la rage coule à flot dans le sang de Maria. Elle se met à piquer ses veines pour s’extraire momentanément de son être. Désormais soumise à sa propre emprise, elle devient progressivement l’ombre d’elle-même jusqu’à ce qu’elle fasse la rencontre de Noor (Céleste Brunnquell), une jeune femme qui n’a pas froid aux yeux. On peut enfin souffler lorsque semble s’annoncer l’aube d’une amitié salvatrice ou d’un amour rédempteur…


Dans la continuité de films comme How to have sex (2023) et Le Jeu de la reine (2023), Jessica Palud annihile la logique d’érotisation du viol. Nous ne sommes enfin plus du côté du désir de l'agresseur mais désormais en empathie avec la personne qui endure le supplice. Une fois de plus, tout est question de mise en scène : un film qui nous marque, n’est jamais juste un film car il participe à l’éducation de notre regard étant donné qu’il choisit ce qu’il nous donne à voir.



RÉALISÉ PAR : JESSICA PALUD

AVEC : ANAMARIA VARTOLOMEI, MATT DILLON, CELESTE BRUNNQUELL, GIUSEPPE MAGGIO, YVAN ATTAL, MARIE GILLAIN

PAYS : FRANCE

SORTIE : 19 JUIN

DURÉE :  102 MINUTES

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