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Rencontre avec Barbara Hellemans, cascadeuse : « Nous mettons notre corps au service du cinéma »

Reflet dans un diamant mort, Corsage, Jumbo, Annette, Murder Club, Les Reines du Drame ou encore Adoration. Depuis 2016, la cascadeuse et actrice belge Barbara Hellemans, qui a notamment été la doublure de Noémie Merlant et de Vicky Krieps, multiplie les tournages aux quatre coins de l’Europe. Elle pose un regard acéré et passionné sur les conditions de travail dans le secteur, qu’elle a accepté de partager avec Surimpressions, en même temps que des souvenirs… en cascade. Rencontre.


Barbara Hellemans, tournage Jumbo
Barbara Hellemans, Tournage Jumbo

Est-ce que vous avez toujours voulu travailler dans le cinéma ? 


Oui, depuis que je suis petite. Ce qui m’attirait déjà à l’époque, c’étaient les performances physiques des acteurs et actrices, je trouvais ça fou de voir des films dans lesquels les gens mettaient leur vie en danger. Je voulais donc être une actrice qui réalisait ses propres cascades !  J’ai fini par étudier la communication, et j’allais commencer des études pour devenir journaliste. J’ai rencontré un coordinateur de cascade, et qui m’a formée au métier de cascadeuse. C’est grâce à cette rencontre que j’ai pu commencer ma carrière dans le milieu du cinéma et que mon rêve est petit à petit devenu réalité. 


En quoi consiste cette formation de cascadeuse ? 


Il s’agit d’un métier très technique, qui demande d’être bien préparée, justement parce qu’il y a des prises de risques. J’ai toujours été très sportive, heureusement. On vous forme à différentes choses : cela va de la façon de tomber pour réaliser des scènes de chute à comment vous battre à l’arme blanche, en passant par la boxe, le jujitsu, le taekwondo, etc. Il faut aussi savoir porter le poids de son propre corps, apprendre à être très agile.


Ces dix dernières années, je me suis entraînée trois heures par jour minimum, que je complète par des séances de yoga pour la souplesse. Il faut être en forme physiquement, cela signifie que je mange très sainement, je ne bois pas d’alcool, et je ne prends pas de drogue. C’est un métier exigeant, que l’on exerce par passion, sinon, il est impossible de tenir dans la durée. D’autant plus qu’on ne devient pas riche en choisissant cette voie en Belgique ! Même après des tournages très fatigants, il faut encore s'entraîner en rentrant le soir, pour être prête. Il faut l’être tous les jours. Demain, si on vous demande de faire le grand écart, vous devez pouvoir le faire directement, l’équipe de tournage ne va pas vous attendre six semaines. Et je pense que c’est pareil pour le métier d’actrice. On imagine que les acteurs et les actrices se tournent les pouces entre les tournages, mais il y a aussi une préparation à avoir, des recherches à faire, pour construire le personnage. 


Barbara Hellemans, Tournage Jumbo
Barbara Hellemans, Tournage Jumbo

Quel a été le premier film dans lequel vous avez joué ? 


Cela remonte à loin ! Je pense à un film avec Hippolyte Girardot, dans lequel je jouais un petit rôle parlant. Alors qu’on faisait les essayages costume, il m’a demandé si c’était mon premier tournage. J’ai répondu par l’affirmative et je lui demandé si c’était le cas pour lui aussi… ce n’est que lorsque les caméras ont commencé à tourner que j’ai compris qu’il s’agissait de l’acteur principal du film ! J’ai mis les pieds dans le plat ce jour-là, mais c’est un souvenir que je garde. Encore plus loin que ça, il y a 30 ans, je travaillais dans un ranch aux États-Unis, parce que j’ai commencé à monter à cheval très jeune. Une équipe de tournage est venue me trouver pour me demander de préparer les chevaux et de participer à certaines scènes. Cela fait longtemps que le cinéma m’appelle ! 


Et votre premier grand tournage en tant que cascadeuse ? 


Je dirais Jumbo (2020) de Zoé Wittock, avec Noémie Merlant. La réalisatrice m’a donné carte blanche pour travailler avec l’actrice, j’ai pu lui transmettre mes connaissances, c’était génial. C’était un tournage très éprouvant, en plein hiver, il faisait très froid et on était en chemise de nuit dehors à 3h du matin. Les cascades étaient assez acrobatiques, je devais la doubler en marchant pieds nus sur un bras mécanique ou bien être suspendue par des câbles dans le vide. 


Barbara Hellemans, Tournage Jumbo
Barbara Hellemans, Tournage Jumbo

Est-ce que vous travaillez toujours main dans la main avec les actrices que vous doublez ?


Oui, et aussi en tant que coordinatrice de cascade, je dois observer comment la personne bouge, quelles sont ses mimiques, quels signaux m’envoient son corps. Je suis présente lors du tournage de la scène avant celle où j’entre dans l’action pour pouvoir mettre mes pas dans ceux de l’actrice, assurer une continuité entre les deux scènes. Quand on tournait la série Murder Club (2024), l’actrice Tiphaine Daviot, en me voyant, s’est exclamé : ‘C’est trop génial, on dirait moi !’ C’est exactement le but ! 


C’est aussi un métier de l’ombre ?


Nous ne sommes pas visibles, mais notre corps l’est, on le met au service du cinéma. Aux États-Unis, cela fait longtemps que le métier est mieux reconnu, et est récompensé lors de certaines cérémonies. Le film The Fall Guy (2024), avec Ryan Gosling, a aussi mis les projecteurs sur les cascadeurs et les cascadeuses, sur le fait qu’il s’agit d’un métier de contact. On prend des coups, on se relève et on retourne au travail le lendemain. C’est aussi un métier risqué, il y a eu des accidents. Je pense à la cascadeuse Olivia Jackson, qui doublait Milla Jovovich pendant le tournage de Resident Evil : Chapitre final (2016) et qui a heurté à moto une caméra qui n’avait rien à faire là. Elle a été amputée d’un bras, a subi plusieurs opérations et est restée deux semaines dans le coma. C’est un métier de sacrifice, il est par exemple difficile d’avoir une vie de famille, mais de là à presque perdre sa vie…


Barbara Hellemans, Corsage © Robert Brandstätter
Barbara Hellemans, Corsage © Robert Brandstätter

Est-ce que vous vous mettez des limites ?


Aux États-Unis, les cascadeurs et cascadeuses se spécialisent : certain·es ne font que des chutes, d’autres ne travaillent qu’avec du feu. En Belgique, nous sommes trop peu, il faut pouvoir faire un peu de tout, ce qui est intéressant. Néanmoins, il est important de savoir s’écouter et de mettre son ego de côté. Moi, par exemple, je laisse les cascades à moto ou en voiture aux personnes qui ne font que ça. La sécurité est vraiment importante sur un tournage. J’ai adoré tourner dans Corsage (2022), où j’étais la doublure de Vicky Krieps, mais j’ai dû exécuter une cascade qui n’était absolument pas bien préparée.


Nous étions en Italie, et je devais sauter d’un bateau. La production m’avait dit qu’il s’agissait d’une petite chute de 4 mètres, et que le bateau serait dans le port. Quand je suis arrivée sur place, j’ai découvert que la chute était en réalité de 17 mètres, qu’elle se ferait en pleine mer, avec des vagues de 3 mètres de hauteur… je l’ai fait, pour ne pas perdre une journée de tournage. Après la chute, quand j’étais dans l’eau, le bateau qui devait me récupérer a mis beaucoup de temps, j’étais au milieu de vague et ma robe d’époque s’est prise dans mes jambes, m’empêchant de nager… j’ai failli couler ! Lorsqu’il a fallu tourner une deuxième fois la scène, j’ai préféré me sécuriser toute seule. Heureusement parce que le bateau de secours est tombé en panne… Nous devons pouvoir faire confiance aux équipes avec lesquelles nous travaillons car nous leur confions notre vie, rien de moins que ça. 


Barbara Hellemans
Barbara Hellemans

Comme le métier implique des prises de risques, pensez-vous qu’il est facile pour les femmes de s’y faire une place ? 


De plus en plus de femmes s’entraînent pour cela en tout cas. Je pense à Zoë Bell, qui est une pointure ! Les femmes ne sont pas plus fragiles que les hommes, tout est une question de préparation, et non de genre. Je connais des hommes qui ne pourraient pas faire les cascades que j’exécute, et ce n’est pas grave ! À chacun son métier, avec ses forces et ses faiblesses.  


Récemment, vous avez commencé à tourner en tant qu’actrice, que pensez-vous de ce nouveau rôle ?


Comme j’en rêvais plus jeune, j’aimerais allier ce métier avec celui de cascadeuse. Force est de constater que les scénaristes n’écrivent pas des rôles très physiques pour les femmes. J’ai beaucoup aimé la préparation physique de Jennifer Garder pour Peppermint (2018) et son rôle d’anti-héroïne, qu’elle a interprété à passé 40 ans. En tant que femme, je rêve de ce genre de rôle, mais c’est plus compliqué en Belgique et en Europe de manière générale. Heureusement, j’ai surtout joué des personnages de méchantes, donc j’ai eu l’occasion de  tomber et de me prendre des choses sur la tête ! Le jeu et les émotions des acteurs et actrices europén·nes passent surtout par leur visage, par leur regard. Il faut connaître son texte, et cela suffit. Je remarque tout de suite quand une actrice doit jouer une flic, mais n’a pas été préparée physiquement à ce rôle, à la manière dont elle bouge. C’est très différent aux Etats-Unis, au Canada, ou encore en Australie, où il leur est demandé d’avoir de multiples talents, de danser, de chanter, etc. Le corps est aussi considéré comme un outil pour porter le texte. Je me suis préparée toute ma vie pour ça, j’espère trouver ces rôles sur mon chemin ! ⬛CAMILLE WERNAERS



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