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Berlinale : No Good Men, un film d'ouverture politique...qui ne se prend pas au sérieux

« Il n’y a pas d’hommes bons à Kaboul », dit une passante, interrogée en micro-trottoir par Naru, journaliste TV en reportage pour la Saint-Valentin. Une phrase qui pourrait passer inaperçue… mais qui donne, en réalité, le ton de No Good Men, troisième long-métrage de Shahrbanoo Sadat, présenté ce jeudi 12 février en ouverture de la 76e Berlinale.


No Good Men © Virginie Surdej
No Good Men © Virginie Surdej

Le film suit Naru, une journaliste sûre d’elle et combative, qui doit s’imposer dans un univers dominé par les hommes. Ou plutôt : une femme battante, dans un pays où les droits des femmes sont systématiquement restreints. Et comme si ça ne suffisait pas, le récit se déroule quelques jours avant la prise de pouvoir des Talibans. Bref, pour un film politique, c’en est clairement un.


Mais No Good Men n’est pas un drame pesant. Raconté avec des procédés proches du documentaire, il capture le quotidien en mélangeant un côté téléfilm et telenovela, tout en trouvant son rythme dans l’humour et la dérision. Les scènes entre Naru et ses collègues, ou les moments cocasses entre amies (comme quand Naru reçoit un vibromasseur en cadeau, provoquant un rire immédiat dans la salle) apportent légèreté et humanité, en soulignant aussi les contraintes d’une femme afghane dans un contexte difficile.


Lors de la conférence de presse, Shahrbanoo Sadat (qui réalise et interprète) explique : « Je n’ai jamais voulu faire un film qui représente toutes les femmes afghanes. C’est impossible. Je voulais raconter une seule femme que je connais, que je reconnais, que je comprends. » Naru n’est donc pas un symbole : c’est une femme concrète, avec son travail, ses collègues, ses tensions, ses moments de joie et ses choix difficiles. Elle ajoute : « Beaucoup de films internationaux sur l’Afghanistan se concentrent uniquement sur la guerre. Ils ne connaissent pas le pays, ni les gens. Moi, je voulais raconter mon quotidien. »


La réalisatrice Sharbannoo Sadat © Alexandra Polina
La réalisatrice Sharbannoo Sadat © Alexandra Polina

Le film se revendique aussi comme une « romantic comedy politique », une formule étonnante mais logique : parler de cette femme et de son monde, c’est parler de patriarcat, de corruption et d’une société en train de disparaître. Le politique domine tout le film, mais subtilement, à travers le travail, les rapports humains, les ambitions contrariées et l’intime.

L’autobiographie non plus n’est jamais loin. La cinéaste ne le cache pas : « Naru, c’est en partie moi. Sa colère, ses frustrations viennent de moi. Sa position de femme, jeune, vivant à Kaboul, travaillant dans les médias, c’est moi. Sa langue trop directe qui la met dans les problèmes, c’est moi. » Quant au titre, elle nuance : «Je crois qu’il existe de bons hommes. Mais on a besoin de beaucoup plus de bons hommes dans le monde, et en Afghanistan.»


Les défis ont été nombreux pour la réalisatrice. Elle raconte son immersion dans la vie des journalistes kabouliotes, quelques mois avant la chute du gouvernement : « J’ai suivi plusieurs journalistes dans la rue, les studios, même en hélicoptère avec le ministre de la Défense. J’ai tout observé, tout ressenti, tout enregistré. Et je vous assure : ce fut éprouvant, physiquement et émotionnellement. »


Mais cet engagement paie : No Good Men observe la réalité avec pertinence et nuance. Le film prouve que le cinéma politique peut être vivant, et surtout drôle. Shahrbanoo Sadat raconte l’histoire d’un pays, d’une époque, mais aussi le parcours d’une femme, avec un regard qui sonne juste. Et c’est pour ça que son film est si fort.


De Shahrbanoo Sadat, avec Shahrbanoo Sadat, Anwar Ashimi. 103 minutes. France, Norvège, Allemagne, Afghanistan, Danemark.

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