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Critique : Babylon de Damien Chazelle

Dernière mise à jour : 27 janv. 2023

Fin de cinéma

© Sony Pictures

En 1927, Le Chanteur de Jazz sort en salles et révolutionne l’industrie du cinéma : officiellement premier long-métrage “parlant”, son impact est si puissant auprès du public qu’il précipite la fin de l’ère du muet ainsi que de tous ses artistes. Du jour au lendemain, ce sont effectivement des centaines de stars qui deviennent has-been, anciens leaders d’une industrie qui n’a soudainement plus rien à leur offrir. Il n’est pas étonnant que cette transition brutale et singulière ait inspiré bon nombre de grands films, à commencer par les deux classiques Chantons sous la pluie (1952) et Boulevard du crépuscule (1950). Pour son cinquième long-métrage, Damien Chazelle se montre ambitieux et se place dans le sillage thématique de ces chef-d'œuvres. Armé d’une durée de trois heures, d’un casting trois étoiles et d’un budget de 90 millions de dollars, Babylon semble ainsi bien décidé à offrir la fresque ultime sur le déclin du cinéma muet et le Hollywood des années folles.


À l’arrivée, il est aisé d’être décontenancé par le film, qui s’avère assez loin des précédentes créations de Damien Chazelle, notamment de La La Land . Si les deux films sont animés par un amour intense du cinéma, Babylon ne se contente pas d’un regard nostalgique et dresse une peinture sans concession du Hollywood de ces années-là. Ainsi, l’écriture n’hésite pas à verser dans la comédie noire, voire même dans la satire, pour mieux souligner tous les excès du show business, ce qui donne lieu à bon nombre de séquences savoureuses et étonnamment crues pour une production de cette trempe. Même Margot Robbie et Brad Pitt s'affirment dans des prestations joyeusement caricaturales, très éloignées du glamour auquel on associe trop souvent les grandes stars. Le long-métrage est plus proche des fresques survitaminées de Martin Scorsese telles que Le Loup de Wall Street (2013) que de la mélancolie d’un film comme Once Upon a Time… in Hollywood (2019). On pourrait cependant reprocher à Babylon d’adopter une structure trop scolaire et prévisible, avec une première partie sous forme d’ascension vers les sommets et une seconde qui raconte l’inéluctable chute. Cela n’empêche heureusement pas le long-métrage de prendre à bras le corps de multiples thématiques, le film abordant frontalement les questions du puritanisme à Hollywood, du racisme de l’industrie ainsi que de la toxicité du star-system.


Davantage que son scénario, c’est pourtant la réalisation de Damien Chazelle qui impressionne le plus dans Babylon. Sa mise en scène se met au diapason de l’emphase hollywoodienne et parvient, grâce à des mouvements de caméra virtuoses et un montage extrêmement vif, à retranscrire toute l'effervescence et la frénésie des années folles, le tout porté par la bande-originale endiablée de Justin Hurwitz. Dans ses meilleurs moments, Babylon se métamorphose en véritables tunnels d’adrénaline, orchestrant dans un même mouvement l’urgence, le grotesque et la démesure d’un empire destiné à s’effondrer sur lui-même.



RÉALISÉ PAR : DAMIEN CHAZELLE

AVEC : MARGOT ROBBIE, BRAD PITT, DIEGO CALVA

PAYS : ÉTATS-UNIS

DURÉE : 189 MINUTES

SORTIE : 18 JANVIER


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