Critique : Boy from Heaven de Tarik Saleh

La Conspiration du Caire

© Cinéart

L’intrigue de Boy from Heaven nous plonge dans un contexte rarement porté à l’écran : une guerre d’influence dans les allées de la célèbre université Al-Azhar. Située au Caire, elle est depuis des siècles, un haut lieu de savoir et de transmission religieuse dans le monde musulman. Avec ce dernier film, le réalisateur suédois Tarik Saleh en fait le théâtre principal d’un cocktail politico-religieux réunissant tous les codes d’un thriller savoureux.


On suit Adam, le fils d’un pêcheur, dont le destin change subitement lorsqu’il reçoit une bourse pour se former à la prestigieuse université. Mais le jour de la rentrée, le grand imam qui la dirige meurt soudainement. S’ensuit une partie d’échecs palpitante entre les nombreux protagonistes pour pourvoir à sa succession. Le jeune élève se retrouve malgré lui impliqué dans des jeux de pouvoir sanglants entre État et caste religieuse, au péril de sa vie. Les alliances se font et se défont brouillant une division souvent trop simple entre bons et mauvais. Dans ce ballet troublant d’amis et ennemis, les masques sont aussi interchangeables que les motivations sont complexes.


Le cinéaste synchronise assez savamment le rythme et l’espace. On est aspiré de la campagne paisible aux rues grouillantes d’une capitale qui étouffe, en passant par les couloirs et les bureaux de l’université où la tension est palpable mais contenue dans la sainte esthétique. Chaque espace vibre de son tempo propre : des nuances de sombre aux tons clairs et chauds d’un bord de mer, la gamme de couleurs semble en être le miroir.

Boy from Heaven peut être perçu comme une satire du pouvoir : qu’il soit religieux ou politique on en découvre de part et d’autre, le degré de corruption. Tout ce qui y rentre semble gangrené par la pourriture ambiante.

RÉALISÉ PAR : TARIK SALEH

AVEC : TAWFEEK BARHOM, FARES FARES, MEHDI DEHBI, MOHAMAD BAKRI

PAYS : SUÈDE, FRANCE, FINLANDE, DANEMARK

DURÉE : 126 MINUTES

SORTIE : LE 23 NOVEMBRE