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Critique de Hit Man

Une comédie toute en séduction

Il faut parfois attendre longtemps dans la carrière d'une actrice ou d'un acteur pour voir toute l'étendue de son talent. Actif à Hollywood depuis plus de 20 ans, Glen Powell semble vivre une floraison tardive. Vous l'avez peut-être vu voltiger parmi les recrues de Top Gun :

Maverick, faire l'astronaute dans Les Figures de l'ombre, jouer l'insupportable membre d'une fraternité dans quelques comédies, ou tout simplement incarner le beau gosse irritant, un rôle qu’il interprète de manière fort convaincante - peut-être trop. La frontière entre un sourire ravageur et un sourire dont on a envie de casser les dents est ténue. Mais la comédie-thriller Hit Man nous dévoile un acteur plus étrange, plus complexe et plus charmant qu'on ne l'aurait cru. 


Powell, co-scénariste du film avec le réalisateur Richard Linklater, semble avoir écrit son rôle dans ce but précis. Il y joue, littéralement, un homme, qui surprend tout le monde par ses talents d'acteur. Affublé de divers déguisements, Gary Johnson, professeur de philosophie et citoyen au service de la police, prétend régulièrement être un tueur à gages pour piéger quelques citoyens aux désirs meurtriers. Et puisque “dans la vraie vie, les tueurs à gages, ça n’existe pas”, il fait de son mieux pour correspondre au fantasme de chacun - ce qui donne lieu à une série de séquences fort amusantes. Jusqu’au jour où Gary se retrouve à jouer le rôle de Bob, tueur à gages suave, compréhensif et charismatique, face à Maddy, une jeune femme désireuse de se débarrasser de son mari abusif. De là, la fiction prend le pas sur la réalité de sa vie, et la comédie glisse vers le thriller - et surtout la romance.  


À l’écran, Powell et Adria Arjona (Six Underground) forment un duo tout feu tout flamme, irrésistible et sensuel, qui n’est pas sans rappeler celui de Jennifer Lopez et George Clooney dans Out of Sight de Steven Soderbergh (1999). Jouant malicieusement avec leur attraction évidente, le film souffle malicieusement sur les braises de leur relation, et dans le feu de la passion, la caméra à tendance à s'attarder sur le derrière de l’actrice principale. Difficile de lui en tenir rigueur longtemps, tant le couple fait figure d’oasis au cœur d’un cinéma américain devenu fortement prude. Il y a un vrai plaisir à voir ces deux personnages qui, par leurs répliques saillantes, par leurs regards soutenus, par l’alchimie entre leurs interprètes, ont un désir dévorant et évident d’être ensemble. Forcément, lorsque la danse est si passionnée, tout passe au second plan - y compris le meurtre et le chantage. Celles et ceux qui ont vu les films de Richard Linklater (que ce soit Before Sunrise ou Everybody Wants Some!! ) le savent : le réalisateur texan est peu porté sur le suspense, et n’aime rien de plus que baigner ses personnages dans les rayons du soleil (y a-t-il d’autres saisons que l’été dans son répertoire ?), avec quelques morceaux de rock en fond sonore. Hit Man, tout en décontraction et  plaisir, ne fait pas exception. 


Si le désir vous prend de partager une bière avec son personnage principal, c’est que le film est parvenu à ses fins. Charmant dans ses multiples itérations et déguisements, Glen Powell parvient à être le centre de l’attention, tout en restant, à sa manière, accessible. La suffisance qui habite la plupart des ses rôles est ici transformée, désarmante - si bien qu’on l’accepte autant en faux tueur à gages tout en séduction qu’en professeur de philosophie insipide. C’est au travers de cette dernière incarnation que le film distille ses thèmes, assez peu subtils mais passionnants, autour de l’identité. Sommes-nous ce que les autres voient en nous ? Peut-on vraiment changer de personnalité ? À en croire le parcours de son acteur principal, la transformation n’est en tout cas pas impossible. 




RÉALISÉ PAR : RICHARD LINKLATER

AVEC : GLEN POWELL, ADRIA ARJONA, AUSTIN AMELIO, RETTA

PAYS : ÉTATS-UNIS 

DURÉE : 115 MINUTES


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