Critique : Dracula de Francis Ford Coppola


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Jamais peut-être le mythe du vampire n’aura été aussi viscéralement mis en scène que dans Dracula. Sorti il y a 30 ans, le long-métrage de Francis Ford Coppola constitue, encore aujourd’hui, un puissant choc visuel. Il emprunte à ses prédécesseurs de nombreuses influences, de l’expressionnisme allemand avec des références explicites au Nosferatu de Murnau (1922) aux transformations physiques du vampire qui ne sont pas sans rappeler l’âge d’or des films de monstres de la Hammer.

Dracula est d’abord un film plastique, débordant d’effets pratiques (décors gothiques créés en studio, matte painting, jeux d’ombres) et d’effets de montage (surimpressions, narrations multiples, fondus artistiques) qui lui confèrent un cachet indéniable et une chaleur enveloppante. Avec ses couleurs tranchées, des rouges et des bleus marquant la passion et l’angoisse, le long-métrage de Coppola trouve l’équilibre entre le somptueux et la gravité d’une histoire quasi shakespearienne, où Dracula n’est plus seulement une créature mais aussi la victime d’une malédiction.

Érotisant à outrance la figure du vampire, il ne manque pas de tomber dans l’ornière d’un male gaze parfois dérangeant. Ce sont les corps féminins qui sont exposés, c’est leur sexualisation qui doit exciter le regard, le rôle de Dracula étant de « briser » les conventions. Cette conception d’un éros subversif, profondément masculin, arquée sur l’idée d’une libération par le mâle, peut rendre le visionnage désagréable et prive le long-métrage d’un statut intemporel.

S’il faut visionner Dracula, c’est pour la virtuosité de sa réalisation, Coppola s’en donnant à cœur joie ; pour les prestations des jeunes Winona Ryder et Keanu Reeves ou des biens installés Gary Oldman en Dracula et Anthony Hopkins en chasseur de vampire ; pour son expérience fantastique et gothique d’une générosité rarement égalée depuis. Film culte, il incarne parfaitement son époque un peu crépusculaire.


Une édition anniversaire est sortie en Blu-ray 4K le 5 octobre chez Sony.


RÉALISÉ PAR : FRANCIS FORD COPPOLA AVEC : GARY OLDMAN, WINONA RYDER, KEANU REEVES ET ANTHONY HOPKINS PAYS : ROYAUME-UNI / ÉTATS-UNIS DURÉE : 128 MINUTES