Dust : Un thriller belge entre dénonciation et empathie
- Kévin Giraud

- 24 févr.
- 2 min de lecture
“Souviens-toi, homme, que tu es poussière et que tu redeviendras poussière.”
Dans Dust, second long-métrage de Anke Blondé présenté en compétition à la Berlinale, cette locution traverse le récit de deux hommes d’affaires flamands partis de rien et propulsés au firmament de la tech, au tournant du XXIe siècle. Une ascension fulgurante que Blondé nous révèle à travers la chute, alors que Luc (Jan Hammenecker) et Geert (Arieh Worthalter) sont sur le point de faire face à la justice belge pour fraude fiscale.

Condensé en un week-end à peine, nourri de flashbacks, la force de Dust réside dans le dilemme imposé à ses deux protagonistes, entre attente passive du châtiment et volonté d’agir pour échapper à cette sentence. Un temps qui s’étire pour nous comme pour ce duo, auquel tant Hammenecker que Worthalter donnent une profondeur intéressante sans pour autant crever l’écran. Tandis que Geert le joueur, businessman charismatique, se réfugie dans les bras de son chauffeur pour éviter de penser aux lendemains mornes, Luc fait face à ses propres dilemmes moraux aux côtés de son épouse Alma.
Au travers des questionnements et des ramifications de ce scandale financier qui dépassent les deux hommes, c’est de responsabilité que la réalisatrice Anke Blondé nous parle à demi-mot. Un thème assumé, revendiqué même par la réalisatrice, mais qui reste bien trop ténu dans un film à cheval entre volonté d’empathie pour ses personnages et dénonciation de leurs actions. Difficile en effet d’être avec ce duo dont le projet s'effondre, alors que celui-ci est construit sur un réseau de sociétés fantômes, financé tant par des grands capitaux que par les petites gens de la région, qui risquent de tout perdre au travers de ce scandale. Et tandis que Dust tente de nous faire comprendre la responsabilité assumée par Luc et Geert vis-à-vis de leurs proches, on pense à tous les autres qui seront détruits, tandis que dans l’ombre les membres du conseil d’administration (et le duo lui-même) s’en sortiront avec quelques égratignures.
Bien sûr, il y aura de la prison. Bien sûr, la période ne sera pas faste. Mais comment nous faire croire à une prise de responsabilité lorsque les liasses de billets fusent des mains des deux hommes d’affaires, tantôt à destination de leurs proches, tantôt pour leur propre futur ?
De Dust, on sort avec un goût amer de coupables impunis et de système véreux, sans avoir le sentiment d’une réelle conclusion. Reste tout de même que la photographie du film, signée Frank van den Eeden (Small Things Like These, Close, Animals), sert parfaitement ce récit par un jeu d’ombres tranchées et de lumières ténues. De beaux tableaux, dont on retiendra la palette et le cadrage plutôt que le sujet.
Avec Arieh Worthalter, Jan Hammenecker. 109 minutes. Belgique, Pologne, Grèce, Grande-Bretagne.



