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Berlinale : Rose, le nouveau rôle magnétique de Sandra Hüller

Dernière mise à jour : il y a 4 minutes

Présenté en compétition à la Berlinale, Rose, le nouveau film du réalisateur autrichien Markus Schleinzer (Angelo), est servi par une prestation exemplaire de Sandra Hüller. Un drame historique de facture modeste, Rose réussit par la force de ses plans et par la présence magnétique de son casting à happer le public dans un moment singulier et politique, où le passé s’entrechoque avec le présent. Ours d’Argent de la meilleure performance pour Sandra Hüller, un de nos coups de coeur de cette Berlinale. 


Rose, de Markus Schleinzer
© 2026_Schubert, ROW Pictures, Walker+Worm Film, Gerald Kerkletz

Huit ans après son précédent long-métrage (qui questionnait lui aussi notre époque au travers du récit d’Angelo, enfant nigérien enlevé et vendu en Europe au XXe siècle afin de devenir valet à Vienne), Markus Schleinzer convoque de nouveau le passé pour nous parler du présent. Rose raconte l’histoire d’une jeune femme contrainte de se faire passer pour un homme, pour survivre dans une société profondément patriarcale au lendemain de la Guerre de Trente Ans (1618-1648). Sous cette identité masculine, Rose (Sandra Hüller) accède à des espaces de liberté qui lui seraient interdits en temps que femme: la propriété, l’indépendance, la richesse et le respect dans ce petit village rural, où elle s’est établie. Mais son imposture devient progressivement un piège, alors qu’elle est contrainte d’épouser Suzanna (Caro Braun), fille de l’un des personnages les plus influents de cette communauté. 


La force de Rose passe d’abord par son noir et blanc épuré, un choix conscient du réalisateur. “Choisir le noir et blanc, c’est à la fois une envie esthétique, mais c’est aussi une manière d’éviter les raccourcis scénaristiques. En noir et blanc, les uniformes ennemis deviennent semblables, les différences visuelles s’étiolent, et c’est la performance et le récit qui prennent le dessus.” Une manière d’accentuer cette dissimulation de son personnage principal, que Sandra Hüller incarne avec brio. 


En conférence de presse, Schleinzer a également détaillé les sources qui l’avaient conduit à ce récit: “Au XVIIe siècle, nombre de femmes se dissimulaient ainsi, pour échapper aux tribulations d’une société brutalement patriarcale. Ces histoires se retrouvent dans la piraterie, dans l’armée… Et la manière dont nous les recevons aujourd’hui, cela passe par des procès, des documents juridiques qui nous racontent ces récits. C’est de là qu’est né ce film.” 


© Rafaela Proel
© Rafaela Proel

Pour Sandra Hüller, il est évident que ces récits, ressortis de l’oubli aujourd’hui, résonnent avec notre époque et nos propres dilemmes. “Ces histoires ne sont pas aussi connues qu’elles devraient l’être, et elles méritent d’être mises en avant à une époque où, sous nos yeux, tant de personnes qui étaient sur le point d’être libérées ou intégrées à nos sociétés voient ces acquis menacés à nouveau. C’est un sujet que nous avons beaucoup évoqué avec l’équipe, pendant le tournage.” 


Un film politique, subtil et puissant à la fois, conscient de ses propres responsabilités et du poids des images.  À propos de ces choix de mise en scène, Schleinzer soulignait également l’importance des choix posés devant la caméra. “Aujourd’hui, choisir de représenter par l’image [les violences d’une société patriarcale, NDLR] ne doit pas être choquant, il y assez d’images de ce type sur internet. Mais raconter ces histoires, parler de ces sujets, c’est un devoir et cela reste nécessaire aujourd’hui”. 


Une position éminemment politique, une de plus de celles (nombreuses et engagées) des artistes présents à la Berlinale pour cette édition 2026. Et un film qui l’est tout autant, jusque dans ses derniers instants. Se réapproprier l’Histoire, au même titre que sa propre histoire, c’est tout le propos de ce puissant récit féministe, visuellement mémorable, et qui confirme encore une fois le talent de l’actrice allemande. Vingt ans presque jour pour jour après l’Ours d’argent reçu pour Requiem (du réalisateur allemand Hans-Christian Schmid), Sandra Hüller est à nouveau récompensée pour un rôle complexe fait de peu de mots, mais à la retenue pleinement évocatrice. 


Avec Sandra Hüller, Caro Braun, Marisa Growaldt, Godehard Giese, Augustino Renken. Autriche, Allemagne, 93 minutes.


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