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Critique : Monster (L'Innocence) de Hirokazu Kore-eda

L'enfance sacrifiée

© September Film.jpg

À intervalles réguliers, le cinéma de Hirokazu Kore-eda (Nobody Knows, Une affaire de famille) vient prendre le pouls de notre humanité et la bouleverser pour en élargir le cadre. Grâce à l’agencement d’un triple point de vue sur une série d’événements similaires, le scénario de Monster signé par Yūji Sakamoto, et récompensé au dernier Festival de Cannes, s’infiltre dans les angles morts des drames et solitudes d’enfances sacrifiées. 


Alors que le comportement de Minato (Soya Kurokawa) est préoccupant, tout semble indiquer qu’il est victime d’un harcèlement scolaire infligé par son professeur Michitoshi Hori (Eita Nagayama). Mais, d’apparences trompeuses en malentendus, la vérité se révélera bien plus complexe.


Au départ des différentes perspectives du récit, il y a l’incendie d’un immeuble qui, selon le regard choisi, ressemble autant à une scène de chaos qu’à un feu de joie. Monster s’appuie ainsi sur un rapport polysémique aux quatre éléments. Il y oppose une société normative — traduite par l’usage récurrent de plongées/contre-plongées et du surcadrage — où se cache la monstruosité du titre, à la nature qui, quoiqu’incontrôlable, demeure un havre à l’abri de la violence réactionnaire. L’amour naissant entre deux garçons trouve refuge dans des terrains abandonnés, tel un paradis perdu à l’éclairage idyllique, pour fuir les injonctions conformistes de la famille traditionnelle et d’un système éducatif défaillant. 


Yori (l’émouvant Hinata Hiiragi) — qui s’identifie à la baleine, cet animal majestueux mais traqué — et Minato  rêvent d’un futur où le temps s’inverserait. Contrairement à la réalité, la narration cinématographique possède la capacité de faire marche arrière, et c’est dans ce pouvoir de la fiction que Monster puise sa responsabilité, en appelant à libérer notre champ visuel. Pourvu qu’il fende également le cœur des esprits étriqués ! 


RÉALISÉ PAR : HIROKAZU KORE-EDA

AVEC : HINATA HIIRAGI, SOYA KUROKAWA et SAKURA ANDO 

PAYS : JAPON 

DURÉE : 124 MINUTES

SORTIE : 10 JANVIER 

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