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Critique : Pacifiction d'Albert Serra

Lost in Paradise

© Imagine Film Distribution

Il y a des films qui ne ressemblent qu’à eux-mêmes : Pacifiction fait partie de cette catégorie. Son histoire au fond assez simple – un haut fonctionnaire français enquête en Polynésie sur des rumeurs impliquant la marine et de possibles essais nucléaires – n’est qu’un prétexte à l’errance. Non seulement les personnages semblent pris au piège d’un labyrinthe, à la recherche d’une sortie introuvable, mais ce sentiment de perdition s’infiltre et gagne le public à son tour de minute en minute.

La performance impressionnante de Benoît Magimel, déjà remarquée lorsque le long-métrage est passé au Festival de Cannes, colle parfaitement à cette atmosphère poisseuse et fascinante. La Polynésie est vécue, depuis le regard de l’expatrié, comme un faux-paradis où les étrangers et les hexagonaux viennent assouvir leurs vices. Un monde à part, magique aussi, dont le réalisateur Albert Serra (La mort de Louis XIV, Liberté) saisit parfois le sublime, comme lors d’une scène de surf, où sa caméra et le cadre sont gouvernés par le roulis des vagues et l’immense voracité de l’océan.

Si le film étire parfois un peu trop ses effets, quitte à perdre une partie de l’audience, et qu’on peut regretter une réification orientaliste des corps féminins, Pacifiction atteint un point d’incandescence indéniable. En ressort un ovni, entre Éric Rohmer et David Lynch, une expérience qui n’est pas loin d’un certain avant-gardisme à la fois poétique et dantesque. Dans son univers, pas d’effraction possible : on est pris entièrement ou rejeté comme un fétu de paille. Celles et ceux qui veulent sauter dans l’inconnu ou qui trouvent parfois que le monde n’est qu’un étrange décor de théâtre seront conquis.


RÉALISÉ PAR : ALBERT SERRA

AVEC : BENOÎT MAGIMEL, PAHOA MAHAGAFANAU, SERGI LÓPES

PAYS : ESPAGNE, FRANCE, ALLEMAGNE, PORTUGAL

DURÉE : 165 MINUTES

SORTIE : 11 JANVIER


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