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Critique : Saint Omer d'Alice Diop

Ces madones qui nous hantent

© SRAB Films

Geneviève Lhermitte, Véronique Courjault, Fabienne Kabou ; autant de femmes qui ont défrayé la chronique pour des faits que l'opinion publique considérera toujours comme impardonnables : elles ont tué leurs propres enfants.


Film de fiction, le premier de sa réalisatrice, Saint Omer s’inspire d’un de ces faits divers. On y suit Rama, une jeune romancière récemment enceinte, qui est intriguée par le procès de Laurence Coly, une femme noire arrivée en France pour poursuivre des études de philosophie, et qui est accusée d’avoir noyé sa fille d’un peu plus d’un an. La question est : pourquoi ? Qu’est-ce qui a pu pousser cette femme intelligente à assassiner son enfant ?


La caméra d’Alice Diop est intransigeante et froide, elle s’attarde — à la manière d'un documentaire — sur des monologues glaçants dans une cour écrasante. Entre stupeur, dégoût et incompréhension, on voit l’accusée raconter dans un français impeccable, d’une voix calme, hachée, et presque chirurgicale l’historique de l’inévitable. On se croirait presque dans une émission de télévision, face à laquelle, nous spectateurs et spectatrices, sommes avides de comprendre tout en restant dans l’effroi. Nous sommes pris en otages, sommés de nous questionner, presque sommés de devenir jurés.


La réalisatrice s’attaque ici à la figure de la madone, la sainte mère, forcément une femme aimante, qui cesse d’exister pour elle-même et ne vit plus que dans l’abnégation après avoir mis au monde. On en oublie que si le poids de la maternité se transmet aux filles dès la naissance au travers des attentes sociales, être mère n’est pas une évidence. On en oublie la détresse et la solitude qui parfois peuvent saisir les femmes jusqu’à commettre l’irréparable. Quels traumatismes et quels fantômes nous sont légués ? En interrogeant la figure de la mère que l’on ne regarde pas assez dans les yeux, Alice Diop fait indéniablement référence aux artistes qui l’ont précédée dans cette démarche : on pense à À perdre la raison du Belge Joachim Lafosse mais aussi à la figure mythique de Médée dépeinte dans la littérature, au théâtre comme au cinéma, autant par Bertolt Brecht que par Pasolini, auquel Diop rend d’ailleurs un hommage original.


RÉALISÉ PAR : ALICE DIOP

AVEC : KAYIJE KAGAME, GUSLAGIE MALANDA, VALÉRIE DRÉVILLE ET AURÉLIA PETIT

PAYS : FRANCE

DURÉE : 122 MINUTES

SORTIE : LE 30 NOVEMBRE



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