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Critique : Scream VI, de Tyler Gillett & Matt Bettinelli-Olpin

Lame émoussée

© Sony Pictures

Depuis peu, il règne une atmosphère macabre dans les salles obscures. On y entend de nouveau le carillon sinistre des armes blanches, les éclaboussements sonores du sang versé et les hurlements stridents de jeunes innocents. Le doute n’est plus permis : le slasher fait son grand retour ! La cuvée de 2022 a été particulièrement généreuse : l’année a été marquée par le retour simultané des franchises Halloween, Massacre à la Tronçonneuse et évidemment Scream. Le cinquième opus, déjà réalisé par le duo Tyler Gillett et Matt Bettinelli-Olpin (Wedding Nightmare), a été un tel succès commercial qu’un sixième opus a rapidement été annoncé pour mars 2023, soit à peine quatorze mois après le précédent.


Sorti à la fin des années 90, le premier Scream avait renouvelé la formule du slasher grâce à un ton malicieux et méta, qui jouait constamment avec les attentes d’un public désormais anesthésié aux indéboulonnables codes de l’horreur. Chaque opus de la première trilogie déclinait astucieusement la thématique : le premier initiait la démarche méta, le second interrogeait le concept de suite et le troisième assumait un ton presque parodique en délocalisant son intrigue à Hollywood. En 2023, que reste-t-il de cette approche singulière ? Pas grand-chose, hélas.


Malgré une intrigue qui pose pour la première fois ses valises à New York, Scream VI tourne définitivement en rond. Peu intéressé par moderniser sa démarche ou dresser un bilan du cinéma d’horreur actuel, ce sixième opus préfère se complaire dans le fan-service en rejouant inlassablement les scènes phares de la saga - l’appel inaugural, la confrontation avec Gale Weathers, le van du second opus, le monologue des tueurs, etc. - jusqu’à une désagréable impression de recyclage. Les commentaires modernes d'antan sont devenus les codes démodés d’aujourd’hui et malgré l’avalanche de twists, l’intrigue de ce dernier opus ne réserve aucune vraie surprise à son spectateur, malgré une durée de plus de deux heures.


On aurait pu pardonner ce manque d’épaisseur si le jeu de massacre était convaincant. Le slasher, malgré sa réputation peu flatteuse auprès d’une certaine critique cinéma, demeure un genre très formaliste, dont le succès repose sur une exploitation maline de l’espace et une gestion millimétrée de la tension. Malheureusement, Tyler Gillet et Matt Bettinelli-Olpin ne sont pas Wes Craven et les scènes de meurtre manquent régulièrement d’inventivité, les deux cinéastes préférant surenchérir dans l’ultra-violence plutôt que prendre le temps de bâtir un véritable suspens. On retiendra tout juste deux séquences : le meurtre sur l’échelle, plutôt éprouvant et particulièrement cruel, ainsi que la scène du métro, qui a le mérite de jouer sournoisement des nombreux masques portés par la foule. Le reste n’est malheureusement qu’une boucherie platement exécutée et sans panache. Peu importe la quantité d’hémoglobine qui inonde l’écran, en l’état, Scream VI tue beaucoup de monde mais ne fait plus frissonner personne.


Pour tout savoir sur le slasher, ne manquez pas notre article “Et si Scream avait tué le slasher ?”


RÉALISÉ PAR : TYLER GILLETT, MATT BETTINELLI-OLPIN

AVEC : MELISSA BARRERA, JENNA ORTEGA, COURTENEY COX

PAYS : ÉTATS-UNIS

DURÉE : 123 MINUTES

SORTIE : LE 8 MARS


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