Le Testament d’Ann Lee : Une épopée musicale et mystique
- Laïss Barkouk
- 10 mars
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : 17 mars
Entre film historique et drame musical, Le Testament d’Ann Lee brille par ses séquences musicales et par la performance habitée de Amanda Seyfried, qui trouve l’un de ses rôles les plus marquants. Avec ce troisième long métrage, Mona Fastvold propose une œuvre esthétique ambitieuse à la forme singulière.

Retracer la vie méconnue d’Ann Lee, figure religieuse du mouvement des Shakers relève, déjà du pari. Considérée par ses disciples comme la réincarnation féminine du Christ, elle prend la tête d’une communauté protestante prônant l’abstinence sexuelle, la dévotion au travail et le rejet de toute ségrégation. Les Shakers expriment leur foi par des chants et des danses transies, dans une quête de pureté qui les met rapidement en marge de la société chrétienne. Persécutés en Angleterre, ils finissent par émigrer aux États-Unis sous l’impulsion de « Mother Ann ».

Pour raconter cette trajectoire singulière, la réalisatrice s’entoure de membres de l’équipe du film The Brutalist, dont elle a coécrit le scénario avec Brady Corbet. Ce dernier lui rend la pareille tandis que l'artiste Daniel Blumberg signe la musique de Le Testament d'Ann Lee, partition particulièrement soignée. Omniprésente, presque entêtante, la musique installe une tension sonore continue et laisse peu de place au silence. Inspirées de l’histoire réelle des Shakers, les séquences de chants et de chorégraphies comptent parmi les moments les plus puissants et les plus intéressants en termes de mise en scène.

La narration du film, comme son esthétique, est protéiforme. La voix off de l'une des disciples d'Ann Lee accompagne le spectateur à travers les chapitres de sa vie, et confère au récit une dimension quasi mythologique. La volonté de proximité avec le spectateur, renforcée par de nombreux plans serrés, finissent cependant par alourdir l'ensemble. Une pesanteur qu'on retrouve aussi dans les longueurs d'un deuxième acte victime de l'écueil classique du biopic qui veut tout raconter. Famille, sexualité, chasteté, spiritualité, ascétisme, rapport à Dieu, utopie, dérive sectaire : le film aborde beaucoup de sujets sans jamais les exploiter pleinement. Même si Mona Fastvold choisit de ne jamais trancher sur le destin hors norme de son héroïne, Amanda Seyfried donne à cette figure mystique une présence troublante qui porte le film bien au-delà de ses hésitations. Voyage sensoriel de 2h17, Le Testament d’Ann Lee assume ses choix mais souffre de ne pas en faire assez.
Avec Amanda Seyfried, Lewis Pullman, Tim Blake Nelson. 137 minutes. États-Unis.



