Projet Dernière Chance : Un miracle de science-fiction
- Adrien Corbeel

- il y a 3 heures
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On aurait presque envie de parler de miracle devant Projet Dernière Chance, grande aventure de science-fiction qui a le toupet d’être aussi drôle que visuellement sublime - un combo devenu rare à Hollywood.

Il faut dire que les étoiles étaient plutôt bien alignées pour ce projet. Pour leur première réalisation depuis 2014, le talentueux duo Chris Miller/Phil Lord (La Grande Aventure Lego, 21 Jump Street) a choisi d'adapter le dernier roman d'“hard SFi”, signé Andy Weir, dont le Seul sur Mars avait déjà donné lieu une belle réussite cinématographique entre les mains de Ridley Scott. C'est sur son succès que Projet Dernière Chance semble capitaliser, les deux films ayant d'ailleurs le même scénariste, Drew Goddard, qui reproduit peu ou prou le même cocktail : survie dans l'espace, ingéniosité scientifique et bonne humeur face à l'adversité. Reposant sur les talents comiques de Ryan Gosling, le film avait la promesse d’être, au moins, un sympathique objet-pop.
Mais dès son ouverture, on sent qu’on est dans un autre schéma : pour mettre en scène, le réveil de leur protagoniste, l’astronaute de fortune Ryland Grace, émergeant amnésique d’un coma artificiel, seul survivant d’un vaisseau à plusieurs années-lumière de la Terre, les cinéaste semblent davantage s’inspirer de 2001, l’odyssée de l’espace que des blockbusters contemporains : les jeux de lumière sont presque impressionnistes, le montage déroutant. Très vite, leur instinct comique refait surface : notre astronaute groggy tombe, vomit, hurle (comme seul Ryan Gosling est capable de crier). Pourquoi est-il là ? Quel sort l’attend aux confins de la galaxie ? Avec moult flashbacks, le film répond petit à petit à ces questions, jusqu’à nous dévoiler la mission capitale pour la Terre qui lui a été confiée.

Jouant les équilibres, le film oscille tout du long entre des gags qui auraient leur place dans une production comme Les Gardiens de la Galaxie, et une ambition audiovisuelle qui a quelque chose d’old-school. A l’heure où Hollywood tourne énormément avec des écrans verts, Projet Dernière Chance fait le pari du physique, d’un décor de vaisseau construit en dur plus que réalisé virtuellement. Dans ces lieux réels, Lord et Miller se donnent l’opportunité d’expérimenter, quitte à créer des images étonnantes, dont la texture a quelque chose de tactile.
Le film n’est évidemment pas dépourvu d’effets spéciaux, mais ceux-ci sont soit assez discrets, soit époustouflants, comme ce vaisseau extraterrestre, création gigantesque des faisceaux de lumière, et son habitant, un alien que notre héros va baptiser Rocky, fort attachant malgré son absence caractéristique de…visage. Après leur rencontre, qui n’est pas sans rappeler, avec une certaine légèreté Premier Contact de Denis Villeneuve, le film révèle un peu ses cartes : celles d’un “buddy movie”, dont le coeur est cette amitié intersidérale, qu’on suit avec plaisir, même si Projet Dernière Chance ne résiste pas à quelques excès sirupeux. Le film abuse parfois un peu du potentiel comique de Ryan Gosling : l’acteur américain est évidemment très drôle, mais dans la première partie, sa maladresse et son côté ridicule sont parfois un peu trop appuyés, mais se complémente bien avec le stoïcisme de Sandra Hüller, qui joue un personnage dont le pragmatisme absolu se révèle finalement assez drôle.

Habitué à nous offrir des récits ultra-dynamiques, Lord et Miller ont fait le choix plutôt étonnant de ralentir le tempo. C’est à la fois un des atouts principaux du film, qui prend vraiment le temps de faire vivre ses personnages et de les observer. Mais ce rythme empèse quelque peu le dernier acte du film, un brin frustrant dans la multiplicité de ses fins.
Mais c’est bien volontiers qu’on fait abstraction de ces quelques défauts : généreux et drôle, divertissant et audacieux, Projet Dernière Chance parvient à s’inspirer de quelques grandes œuvres de science-fiction, tout en nous donnant espoir pour l’avenir du genre.
Avec Ryan Gosling, Sandra Hüller, Lionel Boyce. 156 minutes. États-Unis.



