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Dreams : Un portrait cinglant du capitalisme

Entre une héritière Américaine et un danseur Mexicain clandestin, le désir se fait le terrain de la domination de classe et de culture. 


© Paradiso Films
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Classé à tort comme une romance, le nouveau film de Michel Franco n’a pourtant rien de romantique. C’est plutôt une illusion (a Dream). Celle d’une rencontre déséquilibrée entre deux êtres. Jennifer McCarthy (Jessica Chastain) est Américaine, blanche et riche. Fernando Rodríguez (Isaac Hernández) est Mexicain, précaire, migrant et danseur. Ils se désirent. C’est tout ce qui les relie. 


Comme souvent chez Franco, les personnages sont froids, opaques et ne produisent chez nous peu d’empathie. L’écriture cinématographique épouse cette sécheresse : musicalement, seule s’invite une partition classique parcimonieuse, dont la présence, presque ironique, marque le décalage des réalités. Côté image, la caméra de Yves Cape (brillant directeur de la photographie belge) est tenue à distance, délivrant des plans qui observent plus qu’ils n’enlacent. Même les scènes de sexe sont filmées avec retenue, comme si le film hésitait constamment entre le voyeurisme et le respect. Le désir est là, mais jamais la fusion.


© Paradiso Films
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Dans la continuité de ses précédentes œuvres (New Order ou Memory), Franco refuse toute sentimentalité et la violence – motif récurrent de son cinéma – revient ici sous toutes ses formes : économique, symbolique, sexuelle, politique. Jennifer finance des projets au Mexique, emploie des Mexicains, se donne l’illusion d’un engagement, sans même parler leur langue. Quand Fernando parle espagnol, elle le regarde avec mépris, comme un rappel brutal de leur différence de classe. La frontière n’est pas que matérielle, elle est aussi mentale et culturelle, incorporée par des années de domination américaine. 


Le corps, au travers des relations charnelles ou de la danse, devient alors le seul lieu de rencontre possible. Mais cette suspension est un leurre et l’opposition des mondes, et toute la violence qui l’accompagne, envahit bientôt ces espaces. Jessica Chastain, collaboratrice du cinéaste, incarne cette ambiguïté avec une précision glaçante. Elle aime, oui. Mais pour toute bonne capitaliste, aimer c’est déjà posséder.


© Paradiso Films
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Ainsi, depuis des années, ce n’est pas gratuitement que le réalisateur mexicain met en scène la brutalité. Il a en tête quelque chose d’essentiel : rappeler que dans un monde structuré par des frontières, le désir n’abolit rien. Il ne se fait, avec le temps, qu’un terrain supplémentaire de domination. Et présenter le film comme une “Romance” semble de fait mensonger. Dreams n’est pas une histoire d’amour, mais une habile radiographie du libéralisme affectif plus que nécessaire.



Avec Jessica Chastain, Isaac Hernández, Rupert Friend. Mexique/ États-Unis, 95 minutes. 




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