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Critique : The Son, de Florian Zeller

En thérapie

© The Searchers

En 2021, le dramaturge et auteur français Florian Zeller frappait un grand coup en adaptant pour le cinéma sa pièce à succès “Le Père". Porté par les interprétations remarquables d’Olivia Colman et surtout d’Anthony Hopkins, The Father avait surpris par l’audace de son scénario. Le film s’éloignait en effet très vite du mélodrame attendu pour se muer en dédale mental qui égarait le spectateur dans les méandres de la maladie d'Alzheimer. Un dispositif aussi percutant qu’émouvant, qui distinguait largement l'œuvre des autres films sur la maladie. Deux ans plus tard, Florian Zeller adapte une autre de ses pièces : The Son, deuxième opus de sa trilogie thématique sur la famille, cette fois-ci porté par Hugh Jackman, Vanessa Kirby et Laura Dern.


Quiconque a été soufflé par l’originalité de The Father pourra légitimement déchanter face aux premières scènes de The Son. Dépourvu d’une mécanique aussi forte, le second film de Zeller tutoie des rivages plus classiques et s’affirme sobrement comme un drame familial entre un père et un fils. Pourtant, la thématique ne manque pas de pertinence : ce qui ronge le jeune homme et empêche cette famille d’être prospère, c’est bien une dépression adolescente. Une dépression incompréhensible pour le père, qui a vécu une enfance éprouvante, sans figures parentales fortes pour le guider. Très vite, la terrible maladie crée un fossé entre les générations et rompt la communication. L’occasion pour Zeller d’interroger une nouvelle fois les concepts de paternité et de filiation.


Soutenu par des interprétations solides - notamment Hugh Jackman, très à l’aise dans ce rôle d’un père investi mais maladroit et peu empathique - The Son propose une déclinaison pertinente de The Father, travaillant les mêmes thématiques - la maladie, les relations familiales - à travers un sillage formel différent et stimulant. Pour filmer la dépression, Zeller abandonne les amples cadres de son premier film au profit d’une caméra à l’épaule plus fébrile, s’approchant des visages de manière brusque et instable, comme pour signifier le basculement imminent du fils. Sa narration s’émancipe davantage des contraintes du huis clos théâtral et se permet des flashbacks émouvants et bien intégrés dans la dynamique générale.


Malheureusement, la dernière demi-heure voit The Son plonger à pieds joints dans les excès que The Father avait l'intelligence d’éviter. Florian Zeller, guettant l’émotion à tout prix, fait basculer son film dans le mélodrame le plus cruel, quitte à abandonner en cours de route l’évolution de ses personnages. La narration se montre particulièrement manipulatrice, le cinéaste prenant un malin plaisir à ajouter un suspens malvenu autour de l’issue de certains drames. Il est évidemment possible d’être ému par The Son, mais cette émotion est davantage une réaction logique face à une succession de scènes atroces que l'aboutissement d’une intrigue subtile et bien écrite. En l’état, malgré ses qualités évidentes, The Son s’impose comme une demi-réussite et on espère que Zeller retrouvera bien vite l’inventivité de son premier film…Peut-être pour The Mother, l’inéluctable troisième volet de la trilogie ?




RÉALISÉ PAR : FLORIAN ZELLER

AVEC : HUGH JACKMAN, LAURA DERN, ZEN MCGRATH, VANESSA KIRBY

PAYS : ÉTATS-UNIS, ROYAUME-UNI, FRANCE

DURÉE : 123 MINUTES

SORTIE : LE 1er MARS


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