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Critique : The Sweet East de Sean Price Williams

Lilian au pays des extrêmes

© Cherry Pickers

De pérégrinations en cavales, le cinéma américain a toujours sondé les états de sa nation en  investissant le road movie et ses déclinaisons. À l’ère du chaos post-Trump, The Sweet East, la  première réalisation de Sean Price Williams — connu pour son travail de chef-opérateur chez les  frères Safdie et Alex Ross Perry — , détourne cette tradition par la comédie satirique en moquant tant bien que mal les bulles idéologiques opaques au réel, qui fracturent les mentalités  étasuniennes.


Au cours d’un voyage scolaire à Washington, Lilian (Talia Ryder), une collégienne, s’enfuit avec  un punk lors d’une soirée dans un bar qui vire à la fusillade. Cette fugue souterraine, qui renvoie  à Alice au pays des merveilles, va l’amener à côtoyer des représentants de groupes tels que des suprémacistes blancs, des artistes-activistes ou encore des islamistes afin d’en révéler les  impostures et, en définitive, le ridicule. Chapitré selon les lieux parcourus, The Sweet East dévoie les codes du conte et du récit initiatique via le regard blasé de sa  protagoniste. Immunisée contre le désenchantement grâce au dédain qu’elle affiche en toute  circonstance, l’adolescente est si détachée, et impossible à cerner, qu’elle incarne un espace neutre sur lequel les personnes qu’elle rencontre projettent leurs fantasmes identitaires et/ou sexuels comme autant de reflux d’une Amérique prédatrice et frustrée, où la violence armée règne en maître.


Sean Price Williams a beau s’appuyer sur son savoir-faire des textures et saturer ironiquement ses images, ce jeu esthétique ne suffit jamais à compenser l’artificialité qui se  dégage de son geste. Qu’on ferme ou non les yeux sur un scénario — signé par le critique Nick Pinkerton — qui traite d’égal à égal un néo-nazi et des jeunes antifascistes, l’impact de The Sweet East se réduit à une peau de chagrin à force de se complaire dans un cynisme de façade, tristement inoffensif.

  

RÉALISÉ PAR : SEAN PRICE WILLIAMS 

AVEC : TALIA RYDER, SIMON REX, AYO EDEBIRI ET JACOB ELORDI 

PAYS : ÉTATS-UNIS 

DURÉE : 104 MINUTES

SORTIE : LE 13 MARS

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