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Critique : The Whale, de Darren Aronofsky

Un coup dans l'eau

© Cinéart

Au cinéma, ce qu’on appelle un fat suit est un costume utilisé pour épaissir l'apparence d'une actrice ou d'un acteur afin de « mimer » le corps d’un personnage en surpoids ou obèse… Peut-on encore faire porter un fat suit à un acteur en 2023 à la place d’engager une personne dont c’est tout simplement la morphologie.? Le réalisateur Darren Aronofsky persiste et signe : malgré les nombreuses critiques suscitées à ce sujet par son long-métrage The Whale, il ne voit pas où est le problème et explique que le maquillage a toujours été utilisé au cinéma.


Adaptation d’une pièce de théâtre de Samuel D. Hunter (qui insistait déjà sur le sous-texte religieux de l’histoire), le film dépeint une semaine dans le huis-clos oppressant de la maison – dégoûtante et bordélique, forcément – de Charlie (Brendan Fraser). Professeur d’anglais en situation d’obésité, il tente de renouer avec sa fille, Ellie (interprétée par Sadie Sink, de la série Stranger Things), qu’il a délaissé des années plus tôt pour vivre au grand jour son histoire d’amour avec son amant. Charlie vit désormais complètement reclus chez lui, aidé par sa seule amie et infirmière, Liz (Hong Chau), une infirmière qui lui prodigue des soins.


S’il a le cœur sur la main et garde imperturbablement son calme, même quand il aurait toutes les raisons de se mettre en colère, Charlie est filmé comme le serait un monstre : une musique dramatique vient d’ailleurs tapisser les scènes où il se lève de son siège, quand la caméra voyeuriste s’attarde sur son ventre ou encore simplement quand il… mange. Le réalisateur souligne que le film est un “exercice sur l’empathie”, mais était-il obligatoire de poser un tel regard sur son personnage ? Certaines scènes semblent même avoir été tournées pour dégoûter le public.



© Cinéart

Pour accentuer encore cet aspect monstrueux du personnage, une métaphore filée tout au long du film compare Charlie à la baleine du livre Moby Dick (pour la subtilité, on repassera). Au contraire de l’œuvre d’Herman Melville, où la baleine ne constitue pas le centre du récit mais sert au récit initiatique de quelqu’un d’autre, dans The Whale, le récit se concentre sur Charlie. Et en particulier sur la manière dont il essaie de se faire pardonner auprès de sa fille, une adolescente en colère qui passe son temps à l’insulter, et même à le violenter. Ce récit, rarement vu au cinéma, est soutenu par l’impressionnante prestation de Brendan Fraser, complètement métamorphosé pour le rôle, à l’opposé de ceux qui l’ont fait connaître. Il est évident que l’acteur a mis du cœur pour essayer de montrer les réalités complexes des personnes souffrant de troubles du comportement alimentaire et d’un type d’obésité qui les handicapent dans les gestes du quotidien. Il a expliqué espérer que ce film mette fin aux préjugés que subissent les personnes obèses.


Cela fait longtemps que les personnes concernées demandent au cinéma de les prendre enfin en considération, de raconter des histoires dans lesquelles elles pourraient se reconnaître et de ne plus de les reléguer à des seconds rôles comiques ou des personnages méchants. Reste que trop peu de films centrent pour l’instant leur histoire sur une personne grosse ou obèse, et face à ce manque de diversité au cinéma, les défauts de The Whale n’en sont que plus apparents, notamment l’arc tragique, si pas misérabiliste, de l’histoire.


L’autrice Phoebe-Jane Boyd questionne dans The Guardian ce passage du fat suit d’élément humoristique à dramatique, en se demandant si c’est vraiment pour un mieux… Il n’est donc pas certain que The Whale luttera contre la grossophobie et le validisme de notre société (le film pourrait même les accentuer, au vu des stéréotypes en présence). Vous me direz peut-être que ce n’est pas le rôle du cinéma. Ce serait bien dommage.



RÉALISÉ PAR : DARREN ARONOFSKY

AVEC : BRENDAN FRASER, SADIE SINK, HONG CHAU

PAYS : ÉTATS-UNIS

DURÉE : 117 MINUTES

SORTIE : LE 8 MARS



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